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« Le sac de billes représentait pour moi le peloton des coureurs de la Grande Boucle »

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Attendu chaque année par des milliers de passionnés, le Tour de France a noué au fil du temps des liens étroits avec la Belgique. Délicieuse madeleine de Proust pour certains, occupation favorite des chaudes après-midis d’été pour d’autres, la Grande Boucle rythme notre mois de juillet depuis plus d’un siècle. Replongeons-nous dans son histoire, la petite et la grande.

Comme chaque année à pareille époque, revoilà le Tour de France dont même la Covid-19 n’a pu arrêter la boucle infernale qui tourne depuis 1903. Tout au plus l’a-t-elle repoussée de huit mois en 2020. Dès le premier jour de juillet, nous allons revivre les exploits des « forçats de la route » comme aimait à les appeler Albert Londres, figure du Grand Reportage du début du vingtième siècle qui publia, en 1924 dans Le Petit Parisien, l’un de ses plus fameux reportages, devenu légendaire, décrivant, étape par étape, le quotidien des héros du Tour de cette même année.

A ce propos, restons un instant encore dans la littérature sportive du Tour pour rappeler à la mémoire collective cet homme de plume qu’était Antoine Blondin qui affirmait que la Grande Boucle était à la fois son manteau et sa maison. Génial écrivain qui a tant marqué l’histoire du TdF et qui lui a offert – et au cyclisme tout entier – plus de cinq cents chroniques intitulées « Sur le Tour de France » et parues dans le journal L’Equipe entre 1954 et 1982, véritable hommage à la Grande Boucle et aux coureurs.

Cette année, comme très souvent de coutume, verra le tour s’égarer en dehors de l’Hexagone au cours des trois premières étapes qui visiteront et nous feront découvrir les terres danoises. Le Tour s’élancera donc de Copenhague, débutant par un contre-la-montre individuel de treize kilomètres (il ne s’agit pas d’un « prologue », la distance étant supérieure à huit kilomètres selon le règlement de l’UCI). Le Danemark sera ainsi le dixième pays à accueillir le grand départ, le plus septentrional de l’histoire de cette course mythique.

Un sac de billes pour refaire les courses

Permettez-moi de me laisser envahir par la nostalgie que peut évoquer le TdF pour l’humble chroniqueur d’un jour que je suis ici et de la partager avec vous, chers lecteurs. Pour un amoureux – que je suis – de l’histoire du sport en général et de la Petit Reine en particulier, écrire un papier sur le Tour, c’est d’abord se remémorer les années d’enfance et de préadolescence.

Laissez-moi dès lors vous emporter dans mon univers de jeunesse, quand je passais la majeure partie des vacances d’été chez mes grands-parents, dans un petit village niché au cœur des Ardennes belges. Le sac de billes, propriété de tout enfant à cette époque, représentait pour moi le peloton des coureurs de la Grande Boucle. Chacune de ces billes portait le nom des plus célèbres cyclistes de ces glorieuses années soixante.

C’est dans ce décor que je les faisais dévaler la rigole qui bordait la rue de mes aïeux, tandis que le long de ce caniveau se gravaient à la craie blanche les villes-étapes déjà mythiques du Tour. Me croirez-vous si je vous dis que les plus chatoyantes et les plus « roulantes » de ces billes étaient dédiées aux meilleurs du peloton et que les vainqueurs d’étape(s) étaient toujours ceux dont je rêvais la victoire ? Surprenant, non ?!

La Belgique, terre de cyclistes d’exception

Partons maintenant pour ailleurs, laissons notre esprit divaguer et replongeons-nous dans le passé, lointain ou plus proche, de cette course, manifestation considérée comme le troisième évènement sportif mondial après les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de football, du moins quand celle-ci se déroulait encore (logiquement) en période estivale. Je vous invite juste un instant à revisiter la Grande Boucle sous l’ombre bienveillante de notre drapeau national, dont la hampe s’est souvent fièrement dressée pour nos compatriotes qui y ont, plus d’une fois, brillé et fait vibrer le peuple noir-jaune-rouge aux accents de leurs exploits.

Après tout, la Belgique détient le second record de victoires sur le TdF, juste derrière l’Hexagone, même si la dernière remonte déjà loin dans le temps (Lucien Van Impe en 1976)… longue période de vaches maigres. Nous nous attarderons ici exclusivement sur les vainqueurs belges du Tour à plusieurs reprises.

Philippe Thys, certes pas le premier belge à triompher sur le Tour (Odile Defraye en 1912) mais titré à trois reprises, en 1913, 1914 et 1920 (entre 1912 et 1922, les Belges ont remporté la course sept fois d’affilée – pas de Tour de France entre 1915 et 1918 en raison de la Première Guerre Mondiale) et, juste pour une petite dose de chauvinisme, en 1920, les sept premiers du classement général étaient Belges. Firmin Lambot, originaire de Florennes, s’adjugea deux reprises (1919 et 1922) la victoire finale.

Pour la petite histoire, en 1919, onze coureurs seulement sur soixante-neuf participants ont terminé l’épreuve, la plupart ne possédant pas de matériel approprié sur des routes par ailleurs endommagées par la guerre récemment terminée. Pour la grande histoire et l’anecdote, 1919 est l’année de la création officielle du maillot jaune et lors de l’avant-dernière étape, Eugène Christophe dit « le vieux Gaulois » devance notre compatriote d’une demi-heure mais comble d’infortune pour le Français, il casse sa fourche (même mésaventure déjà en 1913 et réparation chez un forgeron pendant la course) lors de la dernière étape. Et après avoir réparé dans une usine de cycles comme lui imposait le règlement, Christophe, l’éternel malchanceux, terminera à la troisième place du classement général à deux heures et vingt-six minutes de Firmin Lambot. Celui-ci devient ainsi, à trente-six ans, le plus vieux vainqueur de la Grande Boucle.

Le retour du Tour au féminin

Le dernier coureur belge à avoir remporté le TdF a plusieurs reprises n’est pas le moindre puisqu’il s’agit de notre Eddy, Merckx bien sûr, le plus grand d’entre tous, le Seigneur, la légende vivante de la Petite Reine – nous lui consacrerons une page spéciale dans une prochaine chronique.

Je voudrais vous quitter sur une belle note de fraîcheur et de renouveau en décernant une mention spéciale au Tour de France féminin que 2022 voit renaître de ses cendres (dernière édition sous le label TdF en 1989 pour raisons économiques).

L’organisation est un produit ASO qui en a confié la direction à Marion Rousse, ancienne championne de France sur route et dont la renommée n’est plus à faire en tant que consultante pour France Télévisions sur le TdF masculin. Ce Tour au féminin se déclinera, à la suite du Tour masculin, en huit étapes réparties entre les Champs Elysées pour le départ et la non moins célèbre « Planches des Belles Filles » et son sommet – excusez du peu – pour le drapeau à damiers. Je vous retrouverai bientôt pour d’autres aventures ayant émaillé le Tour de France, grâce notamment à nos valeureux Liégeois que sont Jean Brankart et Joseph Bruyère.

Henri Paietta

Habits & Métiers