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« Une expérience où l’on se sent vraiment vivant »

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De Marchin à l’Atlantique, il n’y a parfois qu’un cap à franchir. À 38 ans, Quentin Debois, s’est imposé comme l’un des visages prometteurs de la course au large belge. Pour bien démarrer cette nouvelle année, il vient d’exploser le record du monde de traversée de l’Atlantique d’est en ouest en solitaire sur Mini 6.50. Portrait d’un aventurier passionné, méthodique, guidé par le vent… et par une solide équipe.

Marchin, petite commune proche de Huy. C’est là qu’a grandi — et vit toujours — Quentin Debois. « C’est un peu mon camp de base. C’est un très chouette village et je m’y sens bien », confie celui qui a vécu ces dernières années à cheval entre la France et la Belgique.

Rien ne prédestinait ce diplômé ingénieur de gestion — bachelier à Namur, master à Solvay — à se lancer dans la course au large. « Je n’ai pas grandi dans une famille qui pratiquait la voile », rappelle ce souriant trentenaire. « J’ai découvert cette discipline un peu par hasard, il y a sept ans, en accompagnant un ami français très bon navigateur. Nous avions loué un petit catamaran à la mer du Nord… Ce fut une révélation, un gros coup de foudre. »

Une semaine plus tard, Quentin prenait ses premiers cours. « Dès mes débuts, je me suis vite rendu compte que j’étais attiré par le large », se remémore cet aventurier des mers. « Je me suis rapproché d’amis qui m’ont fait découvrir la course au large. »

De 2021 à 2023, il suit une formation intensive au centre d’entraînement de course au large de La Turballe, en Loire-Atlantique. « Je voulais maîtriser mon bateau pour être autonome, aller plus loin », poursuit Quentin, qui achète en 2022 son premier Mini 6.50, le plus petit bateau de course au monde capable de traverser l’Atlantique. L’ambition est claire : se lancer dans la course océanique.

« La voile, et encore plus la course au large, offre un grand sentiment de liberté. C’est l’impression de pouvoir aller où bon te semble, uniquement avec la force du vent. C’est assez magique », sourit-il. « C’est aussi un sport très complet, au contact direct de la nature et des éléments, qui oblige à s’adapter et à faire preuve d’humilité. » En course, les moments intenses alternent avec des instants contemplatifs. « C’est une expérience où l’on se sent vraiment vivant. »

En novembre 2023, Quentin boucle sa première transatlantique en solitaire, sans assistance et sans moyens de communication, en 28 jours, reliant Les Sables-d’Olonne à la Guadeloupe. « Cette course regroupait nonante participants et cela m’a énormément plu. Elle m’a confirmé que la course au large en solitaire était faite pour moi », assure le Liégeois. À son retour, une question s’impose : « Quel sera mon prochain défi ? »

Il y a un an et demi, il rassemble une équipe pour préparer la suite. Très vite, l’idée d’une tentative de record de traversée de l’Atlantique en solitaire sur un bateau de 6,5 mètres s’impose. « C’est différent d’une course : il n’y a pas d’autres concurrents, pas de direction de course, pas de bateaux accompagnateurs », précise-t-il. « C’est hors des sentiers battus et cela représentait un vrai défi en termes de préparation. »

Car si Quentin navigue seul, le projet est collectif. « Ce n’est pas un projet solitaire. Je n’aurais jamais pu m’aligner au départ sans le travail formidable de toute l’équipe », souligne-t-il. Préparation technique poussée — le bateau a été entièrement démonté et remonté pour améliorer performances et fiabilité — mais aussi mentale, avec Victor Dehaze. « L’objectif était de maintenir un niveau de performance élevé sur la durée, même seul. »

La météo a également été un enjeu crucial, en collaboration avec le routeur Basile Rochut. « Il a livré une prestation monumentale en m’indiquant les bonnes routes, notamment en me maintenant dans des zones de vent sur la fin alors que c’était très technique », salue le skipper.

La recherche de partenaires a demandé patience et persévérance. « Il a fallu sept mois pour trouver les premiers sponsors. Certaines entreprises se sont reconnues dans le projet et nos valeurs, comme Odigo, devenu notre partenaire majeur », explique Quentin, évoquant « une véritable victoire d’équipe ».

Depuis Cadix jusqu’à l’île de San Salvador, aux Bahamas, Quentin a non seulement rallié l’arrivée en moins de 30 jours, mais il a surtout pulvérisé le record en 24 jours, 19 heures et 31 minutes. « Au départ, nous visions 27 jours. Quand nous avons compris que nous pouvions passer sous les 25 jours, une seconde course a commencé dans ma tête », glisse-t-il. « La dernière semaine, je l’ai faite à fond, j’ai puisé dans mes ressources… Je suis content du résultat. »

Au-delà de l’exploit sportif, l’aventure est profondément humaine. « Mon moral a été excellent du début à la fin. J’étais heureux d’être sur mon bateau, engagé dans ce challenge. Je mesurais ma chance et je me sentais à ma place », confie-t-il. Météo, réglages, gestion technique : le skipper affirme avoir franchi un cap. « Cela reste un sport mécanique. Il faut mesurer le ratio entre risques et performances, savoir quand ralentir pour éviter de casser le bateau. »

En mer, les routines structurent le quotidien : observer le ciel, anticiper les variations de vent, ajuster les voiles, barrer avec précision. « Plus la situation est tendue, plus il faut faire preuve de calme », observe-t-il. « Et quand le bateau avance vite, qu’il file sur l’eau en offrant de belles tranches de vitesse, c’est tout simplement magique. »

À peine le temps de savourer que le prochain défi se profile déjà : en juin 2026, Quentin tentera le record de la traversée de l’Atlantique Nord, d’ouest en est, de New York à Cap Lizard, en Angleterre. Un parcours plus court — 5 300 kilomètres — mais réputé plus exigeant. « C’est l’Atlantique Nord, la météo est plus rude. Il faudra négocier avec les dépressions sans profiter des alizés. C’est plus incertain, plus difficile. »

Record à battre : 17 jours, 9 heures et 57 minutes, détenu par l’américain Jay Thompson, un excellent marin qui s’illustre désormais dans d’autres catégories. Un défi de taille pour le skipper marchinois, qui avance étape par étape. « C’est important de continuer à me lancer des défis, de repousser mes limites. Quelques grandes courses mythiques me font rêver mais là j’avance étape par étape« , conclut celui qui, avec son équipe, s’enthousiasme pour d’autre épopées maritimes au grand large.

Thiebaut Colot

Plus d’informations : Belgian Ocean Sailing | Quentin Debois Sailing

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Crédits photos : DR et Jean-Baptiste D’Enquin

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