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Ronny Delrue et Jungwoon Kim : dialogues contemporains à l’IKOB

À la une Culture Expositions

À Eupen, l’IKOB met à l’honneur deux démarches artistiques fortes et complémentaires. D’un côté, Ronny Delrue explore la puissance politique du dessin à travers une œuvre quotidienne, dense et introspective. De l’autre, Jungwoon Kim interroge la matérialité et la mémoire des formes naturelles au fil d’une résidence ancrée dans le territoire. Deux expositions à découvrir jusqu’au 22 février 2026, qui témoignent de la vitalité contemporaine en Province de Liège.

Fondé en 1993 par Francis Feidler sous le nom d’IKOB – International Art Centre East Belgium, puis rebaptisé en 2005 IKOB – Museum für Zeitgenössische Kunst, le musée s’est imposé comme un acteur incontournable de l’art contemporain en Province de Liège. Installé à Eupen, il est aujourd’hui le seul musée d’art de la Communauté germanophone de Belgique et continue d’affirmer trente ans plus tard son ambition singulière : faire dialoguer l’art contemporain avec son territoire, au cœur de la Communauté germanophone, avec une programmation exigeante, entre figures majeures de la scène belge et résidences ancrées dans l’espace transfrontalier.

Sa collection, consacrée à la création contemporaine, rassemble plus de 400 œuvres d’artistes belges, néerlandais, français, luxembourgeois et allemands. Sur une surface d’exposition de 800 m², l’IKOB développe une approche curatoriale attentive aux dialogues européens et aux enjeux sociétaux, confirmant sa position de plateforme artistique à l’échelle de l’Euregio Meuse-Rhin.

Jusqu’au 22 février 2026, le musée propose deux expositions temporaires qui illustrent pleinement cette dynamique.

La première est consacrée à l’artiste belge Ronny Delrue, figure majeure de la scène contemporaine, déjà saluée par d’importantes expositions personnelles au S.M.A.K. de Gand et au CENTRALE for Contemporary Art Brussels. Intitulée Jeder Strich ein lauter Raum (« Chaque trait, un espace sonore »), l’exposition marque un tournant : Delrue s’y présente exclusivement comme dessinateur, et non comme peintre.

Au cœur du parcours, le dessin devient un acte à la fois intime et politique. Selon le principe « Nulla dies sine linea » — pas un jour sans ligne — l’artiste produit presque quotidiennement une nouvelle œuvre. Cette discipline rigoureuse ne relève pas de la simple routine : elle traduit une nécessité intérieure, un engagement critique envers lui-même et envers la société. Les fragments visibles de l’existence humaine — visages, figures d’ombre, motifs de disparition et de mémoire — composent une chronique visuelle d’une humanité en questionnement.

La scénographie place le dessin au centre, invitant à redécouvrir sa portée politique : non pas un geste silencieux, mais une affirmation forte de l’humain. Chaque trait devient espace de résistance, d’empathie et de réflexion sociale. Réduction formelle, tension entre hasard et contrôle, répétition obsessionnelle de la ligne : l’ensemble compose une œuvre cohérente, concentrée, profondément actuelle.

En parallèle, l’IKOB présente LEAVES de Jungwoon Kim, dans le cadre du Borderland Residency Showcase. L’artiste a séjourné trois mois à Eupen (septembre – novembre 2025) dans le cadre de la résidence organisée en collaboration avec Borderland Residencies, initiative transfrontalière de la région Meuse-Rhin. L’édition 2025 était placée sous le thème « Material Witness », explorant la matérialité et les formes de témoignage.

Durant son séjour, Jungwoon Kim a investi un espace de l’Eupen Plaza — centre commercial largement inoccupé — comme atelier, étendant son terrain d’exploration aux rues et aux parcs de la ville. Elle y a collecté fragments végétaux et objets trouvés, devenus la matière première d’expérimentations sculpturales.

Résine et ciment servent à mouler feuilles de chêne, feuilles d’érable ou encore gaufres étoilées. Ces objets fragiles sont saisis dans une transformation matérielle qui les fige dans une instantanéité pleine de plis et de fractures. Entre croissance et décomposition, naturel et synthétique, vivant et éphémère, les formes deviennent témoins du temps et du paysage. Répétées mais jamais identiques, elles se répondent selon leurs configurations et invitent à une réflexion sur la vulnérabilité et la fugacité de la nature.

Avec ces deux propositions complémentaires — l’une introspective et politique, l’autre matérielle et contextuelle — l’IKOB confirme son rôle de laboratoire artistique à l’échelle régionale et européenne. À une heure de Liège, le musée d’Eupen rappelle que la Province regorge de lieux où l’art contemporain s’invente, s’expose et se questionne. Une invitation à franchir les frontières, géographiques comme esthétiques.

Plus d’infos : IKOB | Home

T. C.

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Crédits photos : Ch.Bünten

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