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« Dans le fond, le photographe, comme ce qu’il emploie, doit être une surface sensible »

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À La Boverie, Robert Doisneau est sur toutes les lèvres. Avec près de 400 photographies couvrant l’ensemble de sa carrière, l’exposition Instants donnés propose une plongée sensible dans l’œuvre de l’un des plus grands représentants de la photographie humaniste. Un parcours riche, vivant, ponctué de découvertes inédites… et d’un regard qui n’a jamais cessé d’aimer l’Humanité. Ce 28 février, aura lieu une nocturne exceptionnelle.

Photographe français parmi les plus célèbres du XXe siècle, Robert Doisneau est indissociable de la photographie humaniste, ce courant qui s’attache à raconter la vie quotidienne des gens ordinaires avec empathie, humour et poésie. Son objectif capte le réel sans jamais l’idéaliser, mais toujours avec une profonde tendresse. « Dans le fond, le photographe, comme ce qu’il emploie, doit être une surface sensible », confiait-il. Toute son œuvre tient dans cette phrase.

L’exposition présentée à La Boverie se distingue par son ampleur et sa profondeur. Elle couvre l’intégralité de la carrière du photographe, de 1934 à 1992, et rassemble près de 400 clichés — dont de nombreux tirages vintage et des œuvres inédites issues de l’Atelier Robert Doisneau. Au-delà des images iconiques, le parcours invite à découvrir le connu… et l’inconnu, en explorant le processus créatif, la manière de travailler, la vie et les engagements d’un homme qui observait le monde tel qu’il est, pour mieux en révéler la poésie.

Pensée autour d’une dizaine de thématiques transversales — Enfance, Bistrots, Écrivains, Banlieues, Ateliers d’artistes… — l’exposition adopte une scénographie lumineuse et immersive dans les vastes espaces de La Boverie. Chaque section s’ouvre sur une amorce forte, invitant le visiteur à dépasser le cliché pour entrer dans la profondeur d’un regard. Œuvres photographiques, objets, documents originaux, dispositifs interactifs et audiovisuels enrichissent la visite. Un audioguide permet d’entendre la voix même de Robert Doisneau commenter une trentaine d’œuvres, à partir d’archives des années soixante à nonante.

Le parcours débute notamment par l’Enfance, thème central et récurrent. « Les journées paraissent courtes à l’enfant qui folâtre dans la rue pleine de trouvailles possibles et, parfois, de mystères qui font un peu peur », déclarait le photographe. Chez Doisneau, l’enfance incarne la liberté, la spontanéité, la poésie brute.

Les Ateliers d’artistes dévoilent un autre pan fascinant de son travail. « Jamais je n’aurais eu l’audace de demander du temps à ceux qui l’ont si bien employé. Aux grands maîtres dont les noms sont des têtes de chapitre dans les bouquins d’histoire de l’art et que l’on imagine ne se déplacer qu’avec une auréole de néon… Pourtant quelques-uns de ces grands maîtres m’ont poussé par les épaules dans leurs ateliers » révélait Robert Doisneau. Picasso, Giacometti, Braque… Doisneau photographie le lieu où l’idée devient œuvre, avec la même proximité que celle qu’il réserve aux ouvriers ou aux anonymes.

L’exposition explore également ses travaux de commande — agence, publications, publicités — rappelant que le photographe a longtemps vécu de ces collaborations. « J’ai acheté mon appartement et élevé mes enfants grâce aux notices de graissage et aux biscuits », disait-il avec humour.

Les sections Bistrots – « Je maintiens qu’il est bon de posséder un bistrot familier. Deux, c’est encore mieux » – et Écrivains – « J’ai envie de raconter des histoires. Les personnes qui ont le plus d’influence sur moi sont les écrivains, les poètes » – révèlent un artiste profondément attaché aux lieux de vie et aux passeurs de mots.

La partie Gravités montre une autre facette, plus engagée, attentive aux réalités sociales, au travail, à la précarité. « … moi, je ne vole pas, je prends », rapportait-il en évoquant un jeune pickpocket. « Dans mon cas l’opération s’appelle effectivement une prise de vue… ». Une photographie sans surplomb, nourrie par son expérience d’ouvrier chez Renault.

Particulièrement marquante pour le public liégeois, la section inédite La Belgique sur commande rappelle les liens de Doisneau avec notre pays. Entre 1956 et 1970, il se rend à six reprises en Belgique : canaux de Bruges, exposition universelle de 1958, sites industriels d’Anvers, Gand et Liège, vie bruxelloise… En 1962, il photographie la Tour cybernétique de Nicolas Schöffer, images appelées à marquer la postérité. Il immortalise également Georges Simenon, natif de Liège, figure majeure de la belgitude littéraire.

Le parcours s’achève par une installation consacrée au Baiser de l’Hôtel de Ville, photographie devenue iconique. « C’est une photo qui fait l’unanimité. Et quand il y a unanimité, il y a souvent au départ une erreur », ironisait-il. Une manière de rappeler que l’enchantement tient parfois à une seconde fragile.

Enfin, l’exposition prendra une dimension particulière le samedi 28 février 2026 à l’occasion d’une nocturne exceptionnelle. Robert Doisneau en chansons proposera une visite placée sous le signe de la musique et de la photographie. Accompagnés du chanteur de rue parisien Guy Léger, les visiteurs déambuleront dans un musée transformé en écrin intimiste, où mélodies et images dialoguent avec délicatesse. Un bistrot reconstitué permettra de prolonger l’expérience autour d’un verre, dans une atmosphère chaleureuse, fidèle à l’esprit de l’artiste.

Avec Instants donnés, La Boverie offre une rétrospective mais surtout une rencontre sensible avec un regard qui, sans jamais conclure, laisse à chacun « un marchepied du rêve ». Une invitation à prendre le temps — celui d’une image, d’un sourire, d’un instant suspendu.

Plus d’informations : La Boverie — Liège , Exposition Robert Doisneau à Liège – Le parcours

L’inauguration de l’exposition : « Il est de notre devoir de soutenir, protéger et défendre la culture » — #Liégeois

Thiebaut Colot

Crédits photos : Sonia Pecharroman Sorce

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