Le travail à temps partiel progresse fortement en Belgique, en particulier chez les jeunes. Selon une analyse réalisée par Acerta à partir des données les plus récentes d’Eurostat, la génération Z se distingue nettement de ses homologues européens, avec une hausse spectaculaire du temps partiel en l’espace d’un an. Une évolution qui redessine les contours du rapport au travail, notamment chez les jeunes hommes.
En un an à peine, la part des jeunes âgés de 15 à 29 ans travaillant à temps partiel a augmenté de 28 % en Belgique. Aujourd’hui, près d’un jeune sur trois, soit 31,5 %, n’exerce plus son activité principale à temps plein. Cette progression rapide contraste fortement avec la tendance observée ailleurs en Europe, où la moyenne pour cette tranche d’âge n’a que légèrement évolué, passant de 23,3 % à 23,9 % sur la même période.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte national déjà marqué par une forte présence du travail à temps partiel. Toutes générations confondues, plus d’un quart des personnes actives âgées de 15 à 74 ans travaillent aujourd’hui à temps partiel en Belgique, soit environ 1,35 million de personnes. Avec un taux de 26,2 %, notre pays dépasse largement la moyenne européenne, établie à 18,4 %, et figure parmi les cinq États membres où le temps partiel est le plus répandu, derrière les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et le Danemark.
« D’une part, nous présumons que les jeunes optent plus souvent délibérément pour des formules à temps partiel, parce qu’ils apprécient la flexibilité et veulent concentrer leur énergie sur ce qui les motive vraiment. Ils combinent par exemple un emploi à 4/5 avec un deuxième emploi ou un flexi-job, ce qui leur permet de réaliser quelque chose de plus ou de développer une passion qui n’a pas toujours sa place dans leur activité principale. L’extension du système belge des flexi-jobs permet clairement de cumuler plus facilement différentes activités », analyse Amandine Boseret, experte juridique chez Acerta. « D’autre part, l’incertitude économique a peut-être rendu l’afflux dans les fonctions de starter à temps plein moins évident. En raison du refroidissement du marché de l’emploi, les employeurs adoptent une attitude plus prudente en matière d’embauche et se concentrent davantage sur le déploiement maximal des équipes présentes. Ce sont généralement les jeunes qui subissent en premier ce changement. Dès lors, la hausse de l’occupation à temps partiel chez les jeunes reflète de nouveaux choix, mais aussi des obstacles permanents à l’entrée. »
Au sein de la génération Z, l’évolution la plus marquante concerne les jeunes hommes. En l’espace d’un an, la proportion de travailleurs à temps partiel chez les moins de 30 ans est passée de 17,3 % à 25,3 %, soit une augmentation de 46,2 %. Si les jeunes femmes restent majoritaires dans le travail à temps partiel, leur progression est plus modérée, avec une hausse de 18,5 %, passant de 32,5 % à 38,5 %. À l’échelle européenne, la situation est sensiblement différente : la part des jeunes hommes travaillant à temps partiel est restée quasi stable, tandis que celle des jeunes femmes n’a progressé que légèrement.
Cette tendance contribue à réduire progressivement l’écart entre les femmes et les hommes en matière de temps partiel. En Belgique, celui-ci ne cesse de se resserrer depuis deux décennies, passant de plus de 32 points de pourcentage il y a vingt ans à 24,6 points en 2025. Une évolution qui s’observe également au-delà de la génération Z, même si elle y est particulièrement marquée.
« Les chiffres montrent une nette évolution des modèles de travail : le travail à temps partiel n’est plus typique des femmes. Aujourd’hui, environ un homme sur sept travaille à temps partiel, contre environ un sur treize il y a 20 ans. Cela témoigne d’un changement structurel dans l’organisation du travail et de l’éducation. La génération Z contribue activement à accélérer cette évolution, puisqu’elle opte plus souvent pour la flexibilité », continue Amandine Boseret. « Parallèlement, nous constatons que les hommes assument relativement plus souvent des tâches d’éducation, et que les femmes profitent plus régulièrement des opportunités à temps plein. Cette évolution offre des opportunités tant pour les employeurs que pour les travailleurs (meilleur équilibre vie privée-vie professionnelle, horaires plus flexibles), mais implique également des défis tels que la planification du personnel, la sécurité des revenus et le bien-être durable. »
L’analyse d’Acerta met également en lumière une montée en puissance du temps partiel chez les travailleurs plus âgés. Dans la tranche des 50 à 74 ans, la part des personnes occupées à temps partiel atteint désormais près de 32 %, soit une augmentation de plus de sept points de pourcentage par rapport à 2005. Cette progression témoigne d’un recours croissant au temps partiel comme outil d’aménagement de fin de carrière.
Si certains pays affichent ponctuellement des hausses plus importantes que la Belgique chez les jeunes, comme la Lettonie ou Chypre, la proportion globale de travailleurs à temps partiel y reste nettement plus faible. En Belgique, la combinaison d’un taux déjà élevé et d’une progression rapide fait de la génération Z une véritable exception en Europe, confirmant un rapport au travail en pleine mutation, où d’une part la flexibilité et l’équilibre de vie semblent prendre une place croissante et où, d’autre part, certaines réalités du marché de l’emploi – contrats courts, boulots précaires, dégradation des conditions de travail, nécessité de cumuler deux ou plusieurs emplois pour parvenir à joindre les deux bouts, etc – conduisent à cette évolution.
LM
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