Championne d’Europe de deaf padel, double championne de Belgique et récente lauréate du Trophée sportif pour moins valides de la Province de Liège, Céline Cornia s’est imposée parmi les meilleures joueuses européennes de sa discipline. Un parcours remarquable pour cette Liégeoise née sourde profonde, qui n’a jamais laissé son handicap freiner ses ambitions sportives.
Née sourde profonde, Céline Cornia reçoit un implant cochléaire à l’âge de quatre ans. Une étape déterminante qui lui permet de découvrir un univers sonore jusque-là inconnu et d’apprendre à parler. « La langue des signes demeure ma langue maternelle. J’ai tout de même besoin de la lecture labiale pour bien comprendre mon interlocuteur et tenir une conversation classique me demande des efforts et de la concentration », explique-t-elle.

Fille de Fabienne Georis et Pierre Cornia, deux figures bien connues du basket belge et cofondateurs des Liège Panthers, Céline grandit naturellement avec le sport comme compagnon de route. Très jeune, elle tombe sous le charme du ballon orange et débute le basket à l’âge de six ans.
Le caractère collectif de la discipline la séduit immédiatement. « J’adore le côté social de ce sport, son aspect collectif ainsi que sa dimension physique et énergique. J’aime aussi l’arbitre et tous les gestes qu’il fait », sourit celle qui connaîtra plusieurs sélections régionales dans les catégories de jeunes avant de s’éloigner progressivement des parquets au début de la vingtaine. « Quand j’étais enfant, c’était très carré. Entre l’école et le sport, les journées étaient longues. Mes parents m’ont transmis leurs valeurs et inculqué la discipline et la rigueur… Même si c’était parfois un peu trop (rires). »
À Esneux, Sprimont puis aux Panthers, Céline évolue comme n’importe quelle autre basketteuse. « J’ai toujours fait du sport avec les valides », souligne-t-elle. « Cela m’a permis d’acquérir l’expérience du haut niveau ainsi qu’un seuil d’exigence plus élevé. Ma surdité me pousse à être très visuelle, à adopter une bonne lecture du jeu. »
Quelques années après avoir rangé ses sneakers, le hasard la conduit vers une nouvelle discipline : le deaf padel, réservé aux personnes atteintes d’un handicap auditif. Alors qu’elle accompagne des amis sourds lors d’un tournoi, une joueuse se blesse avant le début de la compétition.
L’occasion est trop belle pour ne pas être saisie. « On faisait la même taille, la même pointure », raconte-t-elle avec malice. « Après quelques brèves explications sur les règles, nous avons gagné tous nos matchs. »
Le coup de foudre sportif est immédiat. « J’aime que ce soit un sport collectif et très tactique. Il faut beaucoup réfléchir à l’endroit où placer ses balles. C’est un sport très agréable, accessible à toutes et tous et dont j’apprécie également la mentalité des pratiquants. »

Grande, athlétique, dotée d’une excellente mobilité et d’une lecture du jeu héritée de ses années basket, Céline progresse à une vitesse impressionnante. Quatre ans seulement après avoir découvert le padel, elle figure déjà parmi les meilleures joueuses européennes.
Sous les couleurs de l’AF Padel et accompagnée chaque semaine à Bruxelles par son entraîneur Jeremy Gala, elle accumule les performances de haut niveau. Championne d’Europe en 2025, double championne de Belgique consécutive, elle reste également sur une deuxième place à Milan et une troisième à Cologne. Pourtant, elle conserve une grande humilité. « J’ai été battue, avec ma partenaire allemande, par ma partenaire française avec qui j’avais été championne d’Europe en 2025 et qui est exceptionnelle », souligne-t-elle.
Son ambition ne se limite d’ailleurs pas au deaf padel. La Liégeoise poursuit également sa progression dans les compétitions ouvertes à tous les joueurs et se rapproche progressivement de la catégorie 500, le plus haut niveau du padel belge.
Au-delà de l’aspect compétitif, le sport constitue pour elle un formidable vecteur d’intégration. « Le sport est un super moyen pour trouver sa place dans la société », explique celle qui apprécie également les festivals techno, le ski et les voyages.
À 31 ans, Céline partage aujourd’hui son temps entre sa carrière sportive et son activité professionnelle. Éducatrice spécialisée et diplômée en orthopédagogie, elle travaille pour L’Épée, un service social destiné aux adultes sourds.
Au quotidien, elle constate les défis auxquels restent confrontées les personnes sourdes ou malentendantes. « La principale difficulté avec les personnes sourdes et malentendantes, c’est la communication et le manque d’informations qui créent un décalage », observe-t-elle. « On observe une évolution dans le handisport mais cela reste très lent. »
Engagée pour faire évoluer les choses, elle a notamment obtenu que les pratiquants sourds du padel ne soient plus contraints de payer deux cotisations distinctes pour participer aux compétitions valides et deaf. « J’espère que cela permettra d’attirer plus de sourds à des tournois pour valides et ainsi offrir davantage de visibilité et d’inclusivité. »
Tout récemment, la sportive qui vit à Cointe et travaille dans le quartier des Vennes a reçu le Trophée sportif pour moins valides de la Province de Liège. Une distinction qu’elle accueille avec émotion. « J’adore la mentalité liégeoise : les gens sont chaleureux, sociables. C’est une fierté et un honneur d’avoir obtenu cette distinction », confie-t-elle. « Cela offre de la visibilité et de l’espoir, c’est un soutien pour le développement des structures du deaf sport. »
Par son parcours, ses résultats et son engagement, Céline Cornia démontre que le sport peut être un formidable moteur d’épanouissement, de rencontres et de dépassement de soi. Une source d’inspiration qui contribue également à faire connaître le deaf padel et à ouvrir toujours davantage les portes de l’inclusion.
Thiebaut Colot
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Crédits photos : avec l’aimable autorisation de Céline Cornia