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« Cinq jours hors du temps où tout était consacré uniquement à l’effort »

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Championne de duathlon, la Calidifontaine Delphine Thirifays ne cesse de repousser ses limites. Quelques semaines après sa victoire sur la Race Across Paris, elle s’est offert un nouvel exploit en établissant le record du monde de l’ascension du Mont Ventoux. En pleine canicule, elle a gravi les trois versants du Géant de Provence chaque jour pendant cinq jours, soit quinze ascensions, 785 kilomètres et près de 22.000 mètres de dénivelé positif. Un défi hors norme réalisé au profit de la recherche contre le cancer et de la Fondation Léon Fredericq.

Delphine, comment t’est venue l’idée de ce défi ?

J’avais envie de relever un nouveau défi avec du dénivelé au profit de la recherche contre le cancer, comme les 150 Redoutes, mais en changeant de terrain de jeu. J’ai choisi le Mont Ventoux parce que je l’avais déjà gravi auparavant et que je savais plus ou moins à quoi m’attendre en termes de parcours.

Que représentait ce Géant de Provence dans ton imaginaire sportif ?

C’est avant tout une montagne immense et majestueuse. C’est un col hors catégorie, mythique, où il y a eu autant d’exploits que de drames, ce qui lui donne une dimension presque héroïque. Pour moi, le Mont Ventoux évoque un adversaire redouté. Ses pentes interminables, la chaleur et le vent transforment chaque ascension en une véritable épreuve physique et mentale.

Qu’affectionnes-tu dans le vélo ?

De manière plus globale, j’aime le fait que ce soit un sport impitoyable qui endurcit. Si l’on n’est pas entraîné et discipliné, cela se paie immédiatement : il n’y a aucun raccourci possible. Il faut s’entraîner quasiment tous les jours, quelles que soient les conditions. J’apprécie aussi le fait que ce soit un sport de plein air qui permet de se déplacer, de profiter des paysages et d’explorer des chemins encore inconnus. Cela procure un véritable sentiment de liberté et nous confronte directement à la nature.

Qu’apprécies-tu dans ces défis hors normes ?

Avant tout, le dépassement de soi, le fait d’aller explorer des limites et des retranchements insoupçonnés. Chaque défi m’a aidée à me construire, aussi bien comme athlète que comme personne. Ils m’ont appris à ne pas renoncer dès que l’on rencontre un obstacle et à toujours garder à l’esprit que les moments difficiles sont temporaires.

Comment t’es-tu préparée à cet exploit et qu’est-ce qui a été déterminant dans sa réussite ?

Je n’ai pas réalisé de préparation vraiment spécifique, ce qui m’a d’ailleurs apporté pas mal de stress à l’approche du défi. Je savais que j’avais le fond grâce à ma préparation pour la Race Across Paris, qui constituait mon principal objectif, mais il me manquait un peu de travail spécifique en dénivelé. J’ai énormément travaillé avec mon préparateur mental, qui m’a rappelé que toutes les épreuves réalisées auparavant étaient en quelque sorte des répétitions générales pour ces quinze ascensions du Ventoux. Le but était d’assembler tout ce que j’avais appris. Finalement, chaque saison m’a permis d’acquérir de l’expérience et de la maturité. Je pense que l’on ne se sent jamais prêt à 100 %, surtout lorsque l’on est perfectionniste. En revanche, il faut être prêt à donner 100 % de ses capacités pour aller au bout du projet.

Comment as-tu vécu ces cinq jours d’ascension ?

Tout était amplifié. Ce furent cinq jours hors du temps où tout était consacré uniquement à l’effort. Rien ne doit être laissé au hasard dans ce genre de défi extrême. J’ai réussi à rester constante dans mon allure au fil des jours. On valorise beaucoup les kilomètres parcourus pour renforcer les jambes, mais je suis convaincue qu’il est tout aussi important que le cerveau soit prêt à performer. Le physique et le mental doivent rester alignés malgré la fatigue et les premiers signes de faiblesse.

Que retiens-tu de cette expérience ?

Pour moi, il y a un avant et un après ce challenge. Les apprentissages ont été accélérés et cela sera très bâtisseur pour la suite de ma carrière dans l’ultra-distance. Ce fut une aventure où il a fallu retourner au charbon chaque jour et rester concentrée du début à la fin. La répétition des efforts, les hauts et les bas, additionnés à la chaleur, ont commencé à laisser des traces dès le deuxième jour, aussi bien physiquement que mentalement.

Que représente pour toi ce record du monde ?

C’est quelque chose de marquant dans une carrière d’avoir accompli ce qu’aucune autre cycliste n’avait réussi auparavant. Ce n’est pas anodin d’être la première à relever un tel défi dans un lieu aussi mythique du cyclisme. À l’époque, j’avais suivi le record du monde des 24 heures réalisé au Mont Ventoux par Betty Kals. Elle m’a d’ailleurs contactée pour me féliciter. C’est une personne pour qui j’ai énormément de respect et je trouve formidable que deux athlètes belges aient établi deux records du monde différents sur ce col mythique.

Quel rôle a joué Donatienne Geron, ta médecin du sport dans, l’accomplissement de ce record ?

Sur une épreuve aussi exigeante, savoir que l’on est entouré d’une professionnelle capable d’évaluer rapidement la moindre alerte permet de se concentrer pleinement sur l’effort. Je partais chaque matin avec beaucoup plus de sérénité en sachant que, si je rencontrais un problème physique, elle saurait immédiatement quoi faire. C’est tout l’avantage de collaborer depuis plusieurs années avec le même staff et des personnes de confiance. Je savais qu’elle prendrait la bonne décision, quoi qu’il arrive.

Thiebaut Colot

Crédits photos : DR

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