Nous tournoyons dans la nuit et nous voilà consumés par le feu : première exposition d’art contemporain au Trésor de la cathédrale de Liège.
Le Trésor de la cathédrale de Liège accueille pour la première fois de son histoire une exposition d’art contemporain. Avec Nous tournoyons dans la nuit et nous voilà consumés par le feu, le musée métamorphose ses espaces et crée un dialogue inédit entre créations actuelles et chefs-d’œuvre patrimoniaux. Sur 1 500 m² et à travers onze salles, 78 artistes belges et internationaux présentent plus de 130 œuvres qui entrent en résonance avec les pièces historiques du Trésor. Imaginé par Espace 251 Nord, ce parcours propose une réflexion sensible sur la place du sacré dans le monde contemporain.
Cette exposition réunit près de soixante-dix artistes qui ont accompagné Espace 251 Nord depuis sa création. Certains ont marqué durablement son histoire ; d’autres, plus jeunes, ont bénéficié d’un accompagnement à long terme dans le cadre de résidences, comme Yann Freichels ou Garance Gasser. Plusieurs figures majeures aujourd’hui disparues — Duyckaerts, Lizène, Antaki, Swennen, Bijl, Trivier, Boulanger, Couturier… — sont également mises à l’honneur à travers leurs œuvres, toujours intensément présentes dans les salles du Trésor. Ensemble, ces œuvres offrent un large panorama de la création en Belgique depuis les années 1960, avec une attention particulière portée à « l’école liégeoise », reconnue pour son humour, son esprit de dérision et son rapport ludique au langage et au monde de l’art.

Les créations contemporaines côtoient aussi des pièces plus anciennes venues d’autres cultures et d’autres continents. Elles s’imposent par leurs qualités esthétiques et témoignent des formes variées que peut prendre la relation au sacré. L’exposition propose une cohabitation singulière de ces univers, par une mise en scène qui favorise les interactions symboliques. Certaines associations surprennent et éclairent autrement les œuvres. Ainsi, un Christ médiéval peut faire face à un tiki polynésien — figure à la fois humaine, divine et intermédiaire — révélant des parentés insoupçonnées entre les représentations du sacré à travers le monde.
Le Trésor Saint-Lambert, gestionnaire du musée depuis 1992, conserve une exceptionnelle collection d’orfèvreries, d’ivoires, de manuscrits, de tableaux et de sculptures, dont plusieurs pièces issues de l’ancienne cathédrale détruite à la fin du XVIIIᵉ siècle. L’exposition marque une nouvelle étape dans l’histoire du lieu, offrant à ce patrimoine religieux un dialogue inédit avec la création actuelle. Elle s’inscrit dans la continuité d’une première collaboration amorcée en 2022 entre le Trésor et Espace 251 Nord autour du palais des Princes-Évêques et de ses décors sculptés.
Depuis 1983, Espace 251 Nord multiplie les projets dans des lieux variés — friches industrielles, musées, palais, bâtiments désaffectés — refusant la neutralité du white cube au profit de contextes chargés d’histoire. L’exposition Place Saint-Lambert / Investigations en 1985 ou encore le travail récent sur les colonnes du palais des Princes-Évêques en témoignent. Avec cette nouvelle collaboration, l’invitation va plus loin encore : intégrer des créations contemporaines dans un musée dédié au sacré. Pour relever ce défi, Laurent Jacob, réalisateur de l’exposition et président d’E2N, a fait appel à Xavier Vani comme réalisateur associé, afin de concevoir un parcours pensé à la manière d’un film dont les visiteurs découvrent les séquences successives salle après salle.
Cette exposition entend toucher chacun par l’émotion, encourager la réflexion et susciter l’émerveillement devant la rencontre de chefs-d’œuvre issus de siècles et d’horizons différents. Au cœur de la cathédrale, elle offre un cheminement unique, où patrimoine et création contemporaine se répondent pour mieux interroger notre rapport au sacré, à la mémoire et à la beauté.
Informations pratiques : cette exposition est à découvrir du 28 novembre 2025 au 29 mars 2026, du mardi au samedi de 10h à 17h et le dimanche de 13h à 17h. Le prix du billet (entre 8 et 10 euros) comprend la visite de l’exposition ainsi que le livret d’exposition.
Plus d’informations : Nous tournoyons dans la nuit, et nous voilà consumés par le feu
S. E-H
Crédits photos : Philippe De Gobert