L’intelligence artificielle s’invite progressivement dans les formations en entreprise.
L’intelligence artificielle s’impose peu à peu dans le quotidien professionnel. En Belgique, près d’une entreprise sur trois propose désormais à ses travailleurs une formation dédiée à cette technologie en pleine expansion. Un chiffre en nette progression par rapport à l’an dernier, révélateur d’un intérêt croissant pour un outil appelé à transformer en profondeur les modes de travail.
Selon une enquête menée par Acerta auprès de 2 000 travailleurs et 600 employeurs, 32 % des entreprises belges offrent aujourd’hui à leurs collaborateurs la possibilité de suivre une formation liée à l’intelligence artificielle. Ce taux représente une hausse d’environ 15 % par rapport à l’année précédente, signe que la question des compétences numériques gagne en importance au sein des organisations.
Cette évolution est d’autant plus notable que les entreprises ne sont plus tenues, depuis peu, d’investir dans la formation à l’IA dans le cadre du Règlement européen sur l’IA. Malgré la disparition de cette obligation réglementaire, les organisations semblent conscientes des enjeux économiques et technologiques liés à l’essor de l’intelligence artificielle.
Dans les faits, la dynamique reste toutefois encore limitée. L’enquête révèle qu’environ une entreprise sur trois utilise déjà l’IA dans ses activités. Dans le même temps, deux entreprises sur trois ne proposent toujours pas de formation spécifique à leurs travailleurs. Une situation qui ne signifie pas nécessairement un désintérêt : près de 30 % des employeurs interrogés envisagent de lancer des formations à l’IA dans l’année à venir.
« Les possibilités de l’IA augmentent chaque jour, alors que les risques d’une utilisation irréfléchie sont réels. Il est donc préoccupant de constater que, pour l’instant, seule une entreprise sur trois propose une formation à l’IA à ses travailleurs. Il serait en effet préférable que les employeurs commencent par étudier de manière approfondie quelles seraient les répercussions de l’IA sur les fonctions au sein de l’entreprise. Les entreprises sous-estiment encore parfois le fait qu’en réalité, presque tous les travailleurs seront tôt ou tard confrontés à des applications d’IA », analyse Kathelijne Verboomen, directeur centre de connaissance chez Acerta.« Grâce à notre chaire à la KU Leuven, nous étudions les effets de l’IA au niveau des tâches et des processus au sein d’une fonction. De cette manière, nous savons à quoi ressemblera cette fonction à l’avenir et quel niveau de connaissance de l’IA cela requiert. Sur cette base, nous pouvons élaborer l’offre de formation dont les travailleurs ont réellement besoin, afin qu’ils puissent appliquer la formation à l’IA qu’ils reçoivent dans leur travail quotidien. »
À l’inverse, une proportion non négligeable d’entreprises demeure plus prudente. Près de quatre employeurs sur dix déclarent ne pas avoir l’intention de proposer ce type de formation pour le moment. Parmi les raisons avancées, la perception encore incertaine de l’utilité de ces technologies joue un rôle important. Seuls 34,5 % des employeurs considèrent aujourd’hui l’intelligence artificielle comme (très) importante pour leur organisation, tandis que 40,5 % jugent son importance faible ou inexistante. Un quart des entreprises interrogées adoptent quant à elles une position neutre.
Du côté des travailleurs, l’intérêt est pourtant bien réel. Plus d’un employé sur cinq en Belgique (21,4 %) a déjà suivi au moins une formation à l’IA au cours de l’année écoulée via son employeur. Si cette proportion reste minoritaire, elle témoigne d’une première phase d’appropriation des outils et des usages liés à l’intelligence artificielle.
La demande potentielle apparaît toutefois bien plus large : près de six travailleurs sur dix déclarent souhaiter suivre une formation à l’IA au cours de l’année à venir. Autrement dit, une majorité d’employés perçoit déjà l’intérêt de développer de nouvelles compétences dans ce domaine.
L’étude souligne également une différence notable selon la taille des organisations. Plus les entreprises sont importantes, plus les employeurs et les travailleurs accordent de l’importance à l’intelligence artificielle et à la formation qui l’accompagne.
« L’intelligence artificielle peut produire de mauvaises réponses, car elle ne réfléchit pas vraiment. C’est également une mauvaise idée de partager sans précautions les données de l’entreprise avec un outil d’IA public. À l’inverse, l’IA offre de nombreuses possibilités de gains de productivité ou de développement plus rapide des connaissances. En tant qu’employeur, il est donc préférable d’opter pour la sécurité en formant vos travailleurs à l’utilisation de l’IA« , explique Kathelijne Verboomen.
À mesure que les technologies évoluent et s’intègrent dans les processus professionnels, la question des compétences devient centrale. Si la formation à l’IA n’est plus une obligation réglementaire, elle apparaît de plus en plus comme un levier stratégique pour accompagner la transformation du monde du travail et préparer les entreprises — comme leurs collaborateurs — aux mutations technologiques à venir.
LM
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