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« L’écriture est pour moi une manière d’être, une façon d’habiter le monde »

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Entre souvenirs liégeois, voyages intérieurs et paysages lointains, Laurène Mélia trace un chemin singulier à travers l’écriture. Dans son premier recueil de poésie, L’île d’en face, l’autrice explore le départ, la mémoire et la quête de soi, nourrie par les lieux qui ont marqué son parcours, dont la Cité ardente.

Née à Nice, Laurène Mélia entretient une relation étroite avec Liège. « Mon mari étant Liégeois, j’ai passé de nombreux week-ends et vacances à Liège entre 2012 et 2024, alors que nous vivions à Bruxelles puis Rixensart », confie cette dynamique trentenaire désormais installée à Penang, en Malaisie. « Nous y revenons chaque année lorsque nous rentrons en Europe, généralement durant l’été ou à Noël. »

Comme pour beaucoup de celles et ceux qui ont eu l’occasion de découvrir la Cité ardente, Laurène a été séduite par la ville. « Je suis fort attachée à cette ville que j’apprécie pour sa douceur de vivre, son côté chaleureux et festif », reconnaît cette diplômée en droit international et en sciences politiques. « J’aime ses cafés, ses librairies – je suis fan de la librairie Livre aux Trésors – ainsi que son architecture ancienne, ses pavés. J’apprécie aussi sa proximité avec la campagne et les Ardennes, où je vais régulièrement marcher. »

Liège a d’ailleurs inspiré plusieurs poèmes à Laurène, dont deux, écrits à l’été 2024, figurent dans son premier recueil, L’île d’en face, publié aux Éditions Encres Vives. « Ce livre retrace un voyage à la fois géographique et introspectif, où le silence, l’écriture et le souvenir deviennent des chemins de retour à soi. J’y raconte mon départ de Bruxelles, où je travaillais comme avocate en droit international, pour partir vers l’inconnu et m’installer sur l’île de Penang en Malaisie, où je me consacre à l’écriture », explique Laurène. « À travers cette expérience personnelle, j’évoque plusieurs thèmes en particulier : le besoin de ralentir, de se reconnecter au monde, à soi et à l’enfant qui vit en nous ; le rôle thérapeutique et libérateur de l’écriture ; la nature comme espace de reconnexion et lieu à protéger ; l’expatriation et ce sentiment de vivre entre deux mondes, le pays dans lequel on vit et celui ou ceux qu’on a quitté(s), avec d’un côté la nostalgie pour le passé et ses racines et, de l’autre, une volonté de s’en affranchir, comme forme d’émancipation de soi et de liberté. »

Pour Laurène, l’écriture relève d’une nécessité presque vitale. « L’écriture est pour moi une manière d’être, une façon d’habiter le monde », confie-t-elle. « J’entretiens un rapport que je qualifierais de physique à l’écriture. J’écris souvent en marchant, dans des lieux qui m’inspirent comme les forêts et les lieux de départ – les gares, les aéroports. Je commence généralement par prendre des notes dans des carnets ou sur mon téléphone, que je retravaille ensuite. »

Et d’ajouter : « L’écriture est pour moi un moyen de figer des instants. J’ai commencé très jeune dans des carnets et journaux intimes. En particulier à l’adolescence, écrire me permettait de capturer la part d’enfance qui s’en allait. Aujourd’hui encore, écrire est une façon de rester enfant, d’échapper au réel tout en y étant connectée. »

C’est donc tout naturellement que la jeune autrice s’est tournée vers la poésie. « La poésie me vient de manière spontanée, dans des moments de fulgurance », confie Laurène. « J’aime particulièrement cette forme d’expression car elle crée un pont entre le conscient et l’inconscient, le dedans et le dehors. Elle associe les mots à l’image et au son. C’est ce que j’essaie de faire dans mes poèmes : donner à voir et à entendre. L’île d’en face s’est écrit ainsi : par moments de fulgurance, sous forme de fragments en vers et en prose, assemblés comme les pièces d’un puzzle pour faire émerger une trame narrative. »

Une forme littéraire que Laurène affectionne depuis longtemps. « La poésie m’accompagne depuis l’enfance, avec mon père qui nous récitait des poèmes de Charles Baudelaire dans la voiture en nous emmenant à l’école », se remémore-t-elle. « À l’adolescence, des poètes comme René Char, Blaise Cendrars et Henri Michaux ont donné un sens à cette période de ma vie qui vient encore me chercher aujourd’hui à travers l’écriture. »

La publication de ce premier recueil marque une étape importante dans son parcours. « Cela concrétise deux années à écrire, sans trop savoir au départ où cela me mènerait. C’est aussi une page qui se tourne, ce qui m’encourage à écrire autre chose », explique-t-elle. « Je travaille notamment sur une version bilingue – français/anglais – du recueil et sur un nouveau projet qui suit une approche similaire, une écriture par fragments recueillis durant mes voyages, marches et instants de connexion avec le monde. »

À travers L’île d’en face, Laurène Mélia esquisse ainsi une cartographie intime faite de départs, de paysages et de souvenirs. Entre la douceur de Liège et les horizons de Penang, son écriture se déploie comme un espace de passage, où chaque fragment devient une invitation à ralentir, écouter et, peut-être, retrouver sa propre île intérieure.

Thiebaut Colot

Extraits liégeois de L’île d’en face :

 Ailleurs

C’est l’église

Le clocher de la place Cathédrale

Où mille fois je suis déjà passée

Ce sont les toits d’ardoise

Au-dessus des maisons de pierre

Et puis les rues étroites

Près la place Saint-Lambert

AilleursCe sont les voix connues

Et les voix moins connues

Qui résonnent dans les cafés

Les bus

Et dans les librairies

Ailleurs

C’est le vent

Qui danse avec les arbres

Ce sont les martinets

Qui, ensemble,

Repoussent les nuages

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Crédits photo et visuel : DR

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