Premier skipper belge à avoir battu un record du monde sur l’Atlantique, Quentin Debois s’apprête à repartir à l’assaut de l’océan. Le Marchinois de 38 ans est actuellement en standby à New York, dans l’attente d’une fenêtre météo favorable pour tenter de rallier le Cap Lizard, en Angleterre, en moins de 17 jours, 9 heures et 57 minutes. Un défi supplémentaire dans la carrière du marin qui entend désormais devenir candidat au Vendée Globe 2028.
Quelques mois après avoir marqué l’histoire de la voile belge, Quentin Debois est prêt à remettre le couvert. Depuis le 12 août, le skipper qui vit à Marchin, en province de Liège, est entré en période de standby à New York. Dès que les conditions météorologiques le permettront, il s’élancera en solitaire sur son Mini 6.50 pour parcourir les quelque 5.300 kilomètres séparant la métropole américaine du Cap Lizard, dans le sud-ouest de l’Angleterre.
L’objectif est aussi simple à énoncer que redoutable à atteindre : battre le record du monde de la traversée de l’Atlantique Nord d’ouest en est dans cette catégorie. Depuis 2023, celui-ci appartient à l’Américain Jay Thomson avec un chrono de 17 jours, 9 heures et 57 minutes. Seuls deux navigateurs, le Français David Allamelou en 2018 et Jay Thomson cinq ans plus tard, ont jusqu’à présent réussi cette traversée en solitaire sur un Mini 6.50. Quentin ambitionne donc de devenir le troisième.
Un défi particulièrement exigeant pour lequel son bateau a été minutieusement préparé durant plus d’un mois au chantier naval Lockwood Boat Works, au sud de New York. Coque et structure renforcées, safrans consolidés, pont réétanchéifié, pièces d’accastillage et cordages remplacés, nouvelle antenne AIS et trois voiles neuves : rien n’a été laissé au hasard afin de fiabiliser au maximum le Mini 6.50 tout en optimisant ses performances.
« L’Atlantique Nord est un terrain de jeu exigeant : il faut composer avec des systèmes météorologiques mouvants, du vent fort et des conditions plus engagées », explique Quentin.
La météo constituera précisément l’une des principales difficultés de cette tentative. Au départ de New York, Quentin prendra la direction du nord en longeant la Nouvelle-Écosse avant de rejoindre le sud de Terre-Neuve. L’idée sera ensuite d’exploiter au mieux les dépressions traversant l’Atlantique et leur énergie pour progresser rapidement vers l’Europe, sans jamais se laisser piéger par leurs conditions les plus violentes.
« Pour battre le record entre New York et le Cap Lizard, la stratégie sera déterminante. En collaboration étroite avec mon routeur Basile Rochut, je devrai exploiter les dépressions de l’Atlantique Nord, en ajustant constamment ma route pour enchaîner les systèmes météorologiques les uns après les autres. L’objectif sera de rester au plus près d’un front froid – dans le sud d’une dépression – aussi longtemps que possible. Une stratégie exigeante pour le bateau, avec des vents plus forts et une mer plus formée. Ensuite le but sera de se positionner dans le nord de l’anticyclone des Açores pour atteindre les côtes anglaises. Pour réussir ce défi, la préparation technique du bateau et le routage sont décisifs », détaille le skipper liégeois
À terre, son routeur Basile Rochut occupera donc un rôle essentiel. Le duo devra constamment analyser l’évolution des systèmes météorologiques et adapter la trajectoire du bateau. Une véritable partie d’échecs grandeur nature sur l’Atlantique, avec l’obligation pour le skipper de conserver toute sa lucidité malgré la fatigue et des conditions particulièrement engagées.
« Je suis impatient de reprendre la mer. Je me sens déterminé, concentré, confiant dans la préparation technique mais réaliste sur l’incertitude météo et la difficulté de ce défi par rapport à celui de janvier vers les Bahamas. Jay Thomson a réalisé une excellente performance en 17 jours et 9 heures. Ce ne sera pas simple de la battre. Si c’est le cas, cela se comptera en heures », prévient cet authentique passionné de la course au large.
Quentin sait déjà ce que signifie repousser les limites sur l’Atlantique. Le 31 janvier dernier, il devenait le premier skipper belge de course au large à battre un record du monde sur cette traversée en ralliant l’ouest en 24 jours, 19 heures et 31 minutes, améliorant de six jours la précédente référence. Le 17 avril, il établissait également en 5 jours, 8 heures et 56 minutes le premier temps de référence mondial en solitaire pour les bateaux de moins de sept mètres entre Miami et New York.
Cette fois encore, la dimension sportive se double d’une véritable fierté nationale. « Ce qui me motive le plus, ce n’est pas seulement le record en soi. Ce serait la fierté de ramener un nouveau record en Belgique et de contribuer à positionner notre pays sur les podiums du monde nautique. Le défi actuel est aussi l’occasion de continuer à faire progresser ma carrière en course au large et de partager cette aventure avec tous ceux qui y participent depuis le début : partenaires, supporters, amis et l’équipe », assure Quentin.
Et cette progression doit mener Quentin vers un projet autrement plus imposant. Dès son retour en Belgique, le Marchinois se consacrera à la recherche des partenaires nécessaires pour devenir candidat au Vendée Globe 2028. Dans cette aventure, il pourra compter sur Denis Van Weynbergh, premier Belge à s’être qualifié et à avoir terminé le Vendée Globe, qui occupera les fonctions de team manager et de co-skipper lors des courses qualificatives en double prévues en 2027.
Avant de rêver au tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, Quentin a toutefois un nouveau rendez-vous avec l’Atlantique. Un défi de plus de 5.000 kilomètres où chaque décision et chaque heure compteront, avec l’ambition de ramener un deuxième record mondial en Belgique et de franchir une étape supplémentaire sur la longue route qui doit le mener au départ du Vendée Globe 2028.
Plus d’infos : www.oceansailing.be
T. C.
Crédits photos : Bjoern Kils