#Liégeois — Magazine de référence pour la Province de Liège
Nous sommes le 11 Sep 2026, il est 12:28pm
«

« Je sais que ce sera épique, mais c’est ce qui me pousse à me dépasser ! »

À la une Sport

Le défi est immense : parcourir 5 300 kilomètres en solitaire sur un Mini 6.50 et rallier le sud-ouest de l’Angleterre en moins de 17 jours, 9 heures et 57 minutes. Dans la nuit de mercredi à jeudi, heure belge, le skipper marchinois Quentin Debois a quitté New York pour sa deuxième tentative de record du monde de la traversée de l’Atlantique Nord d’ouest en est. Déjà premier recordman belge de la traversée de l’Atlantique en solitaire, le navigateur de 38 ans s’attaque cette fois à une performance que seuls deux skippers sont parvenus à réaliser sur ce type de bateau.

Le chronomètre tourne. Quentin Debois a officiellement franchi la ligne de départ ce 9 septembre à 19h52 et 42 secondes, heure de New York, soit le 10 septembre à 1h52 et 42 secondes en Belgique. Devant lui : 5 300 kilomètres à parcourir dans l’Atlantique Nord jusqu’au cap Lizard, à l’extrême sud-ouest de l’Angleterre.

Pour inscrire son nom dans les tablettes, le skipper belge devra effectuer la traversée en moins de 17 jours, 9 heures et 57 minutes, temps de référence établi en 2023 par l’Américain Jay Thompson. Seuls deux navigateurs ont jusqu’ici réussi une telle traversée en solitaire sur un Mini 6.50, le plus petit bateau de course au large : le Français David Allamelou en 2018 et Jay Thompson cinq ans plus tard. Quentin Debois ambitionne donc de devenir le troisième et, surtout, d’offrir ce record à la Belgique.

« Je suis totalement préparé et concentré pour réussir cette course face à moi-même et aux éléments. Pendant un mois et demi, j’ai préparé le bateau dans les moindres détails et renforcé sa structure. Je pars dans des conditions techniques et mentales optimales. Je suis prêt à composer avec des systèmes météorologiques mouvants, du vent fort et des conditions plus engagées. Je vais me donner à fond pour battre ce second record. Je sais que ce sera épique, mais c’est ce qui me motive et me pousse à me dépasser ! », assure Quentin Debois.

Le départ intervient après une longue attente. En stand-by à New York depuis le 12 août, le Belge guettait une fenêtre météorologique susceptible de lui permettre de battre le record. Une équation particulièrement complexe tant les systèmes dépressionnaires de l’Atlantique Nord peuvent rapidement évoluer.

Le feu vert est finalement venu le 9 septembre de son routeur, Basile Rochut. « Ce qui est difficile dans les prévisions pour ce record, c’est que les modèles varient beaucoup entre eux, car les timings exacts et les positionnements des systèmes dépressionnaires sont mal modélisés », dévoile-t-il. « On avait beaucoup de variations entre les différents modèles jusqu’à ce que cela s’aligne hier pour un départ immédiat. Les fenêtres sont courtes, il faut passer exactement dans le timing des dépressions, pas avant, pas après, car le record est difficile à battre. Quentin va devoir tenir absolument le routage pour avoir une chance, être focus à 100 % sur la performance et tirer sur le bateau au maximum ! »

Parti dans un flux de sud-sud-ouest associé à un front froid se déplaçant vers l’est, Quentin Debois doit d’abord remonter vers la Nouvelle-Écosse en privilégiant la route la plus courte possible. « L’enjeu des prochains jours sera de bien passer deux petites zones de transition avec du vent plus faible et de bien se positionner pour minimiser le temps passé dans ces zones-là avant de retoucher du vent », précise Basile Rochut. Le navigateur mettra ensuite le cap vers Terre-Neuve avant de traverser l’Atlantique en direction de l’Europe.

Deux bateaux pilotes l’ont accompagné jusqu’à la ligne afin d’attester précisément de son heure de départ auprès du World Sailing Speed Record Council. L’organisme chargé d’homologuer les records avait auparavant inspecté son Mini 6.50 et installé à bord une boîte noire permettant de suivre sa progression et, en cas de réussite, de valider officiellement sa performance.

Pour mettre toutes les chances de son côté, Quentin Debois a minutieusement préparé son bateau. Quatre-vingts litres d’eau, 60 repas, du matériel de réparation et de survie, des pièces de rechange et huit voiles ont notamment pris place à bord. Deux d’entre elles, la Grand-Voile et le Code 5, sont neuves. Un Spi Médian arisable a également été embarqué comme voile de remplacement.

« Pour la précédente Transatlantique entre Cadix et les Bahamas, j’ai surtout utilisé le Spi Max. Cette fois, en raison des conditions météorologiques exigeantes, j’utiliserai surtout le Code 5 et le Spi Médian », explique le skipper liégeois.

Au-delà du choix de la route et du matériel, le record se jouera aussi sur la capacité du skipper à maintenir une cadence particulièrement élevée durant plus de deux semaines. « Pour aller chercher le record, je devrai barrer au moins 10 heures par jour », pointe Quentin. « Je n’utiliserai le pilote automatique que pour des tranches de repos d’une vingtaine de minutes, car je dois rester extrêmement vigilant et rapide. Il faudrait que ma vitesse moyenne soit 10 % supérieure à celle de mon précédent record. La vitesse moyenne à atteindre devrait être de 8,5 à 9 nœuds contre 7,5 nœuds de moyenne durant la Transatlantique d’est en ouest. »

Le Belge devra constamment composer avec les dépressions tout en évitant de franchir la frontière ténue séparant performance et prise de risque excessive. « Je devrai me placer en permanence dans le sud de dépressions pour avoir suffisamment de poussée. Je passerai d’une dépression à l’autre et je tenterai d’éviter les conditions trop fortes et dangereuses pour la sécurité du bateau. Je vais tenter d’éviter les rafales dépassant 40 nœuds et les vagues de plus de 4 mètres », prévient-il.

Après être devenu le premier recordman belge de la traversée de l’Atlantique en solitaire, Quentin Debois s’attaque ainsi à un défi d’une tout autre dimension. Cette tentative constitue également une nouvelle étape dans son ambitieux projet sportif, qui doit le conduire vers le Vendée Globe 2028. Pendant un peu plus de dix-sept jours au maximum, chaque choix météorologique, chaque heure passée à la barre et chaque minute de repos pourront désormais peser dans la balance. Au bout de ces 5 300 kilomètres se trouve un record mondial que le Marchinois rêve d’inscrire pour la première fois au nom de la Belgique.

Suivre les performances de Quentin grâce à ces liens de suivi GPS : GPS : cette vue intègre la direction et la force du vent et Radio, via le système AIS. Ou suivre Quentin et sa tentative de record :Instagram.

T. C.

Crédit photo : Bjoern Kils

Liège & Basketball