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« Si le rap excelle, le jazz en est l’étincelle »

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De retour sur scène aux Francos avec son « New Big Band Project », MC Solaar a livré une prestation sans fausse note mais manquant de ce petit supplément d’âme tant espéré par ses fans de la première heure.

Pour de nombreux trentenaires dont je fais partie – misère, cela ne me rajeunit pas ! – et quarantenaires, voir ou revoir MC Solaar en concert avait la saveur d’une madeleine de Proust, réminiscence d’un passé pas si lointain – encore que – à reprendre les tubes de ce soldat de la prose. Le rappeur français l’avait d’ailleurs chanté bien des années plus tôt : « Je suis passé pour être présent dans ton futur ».

Dans les nineties, MC Solaar explose et enchaine les tubes, devenant la figure de proue d’un rap moins contestataire, plus poétique. Claude M’Barali (son nom civil) aligne les rimes et les cartons et chacun de ses albums est consacré, autant par le public que par la critique, ses textes étant même étudiés au cours de français !

« Prends ton temps, la vie n’est qu’un moment »

Suite à des différends avec sa maison de disque, les albums et chansons de Claude MC (un de ses alias) disparaissent de l’espace public et des plateformes de streaming pendant de nombreuses années avant d’enfin faire leur réapparition voici quelques mois. Des années durant lesquelles le poète français se fait particulièrement discret, hormis quelques apparitions avec Les Enfoirés, profitant de ce temps libre pour voir grandir ses deux enfants, Roman et Bonnie. « Le paradis est pour moi de voir grandir des gosses », affirmait-il d’ailleurs dans Paradisiaque.

Celui qui sème le vent et récolte le tempo a profité de cette (longue) pause et travaille actuellement à son neuvième album. Mais ce sont bien ses anciens titres qu’il était venu partager avec son public jeudi 21 juillet sur la scène Pierre Rapsat. Loin d’arriver uniquement accompagné d’un MC et de choristes, l’artiste de 53 ans venait dans le cadre de son « New Big Band Project », soit une multitude de musiciens, de chanteuses ainsi qu’un autre MC pour un véritable show.

« C’est grâce à l’héritage jazz que l’homme singe devient l’homme sage »

MC Solaar a chanté ses tubes iconiques, réarrangés à la sauce jazz ou symphonique, dont les paroles – c’est frappant ! – restent totalement d’actualité. Toujours aussi doué micro en main, avec un look costume-casquette du plus bel effet, Solaar n’a pas pleuré et convoqué Caroline et la Victime de la Mode, notamment, pour la plus grande joie de ses aficionados. Malheureusement, grand timide devant l’éternel, le fringant cinquantenaire est resté dans son univers, n’échangeant que trop peu avec son public. En résumé, une prestation sans fausse note mais sans ce petit supplément d’âme attendu dans un festival. Une madeleine de Proust manquant d’un peu de saveur.

Thiebaut Colot

Crédit photo : T. C.

La Maraudière