#Liégeois — Magazine de référence pour la Province de Liège
Nous sommes le 14 Juin 2024, il est 15:21pm
«

« Alors, le temps s’arrête »

À la une Art Culture Portraits

#Liégeois vous emmène à la découverte de Ptit Marc, un artiste passé maître dans l’art du détail.

C’est dans sa jolie maison nichée le long de la Montagne Sainte-Walburge et qui lui sert également d’atelier que je rencontre Ptit Marc – « on m’a surnommé ainsi car, à l’époque, j’étais le plus jeune de mon groupe d’amis », me précisera-t-il au cours de notre entretien – et découvre son travail minutieux, inspiré et inspirant.

Ce Liégeois pur souche n’est pas entré dans le monde artistique comme on entre en religion mais presque. Depuis tout petit, il a toujours eu des crayons et des pinceaux entre les doigts. « Mes parents étaient artistes et avaient leur atelier dans le jardin », se justifie-t-il. « J’observais leur travail, je les accompagnais à des expos. » Son papa est ensuite passé de la sculpture à la peinture. « Il est content que je poursuive dans cette voie tout comme ma maman qui continue à peindre de son côté. »

Après une formation classique à l’Académie des Beaux-Arts, Ptit Marc suivit un chemin de traverse en tâtant d’abord de la culture underground lors de la grande aventure des fanzines, ces petites bandes dessinées qui firent fureur. « Je lisais beaucoup de BD lorsque j’étais enfant et ado, moins maintenant », me révèle celui qui commença ainsi à développer multitudes de petites situations et un sens certain de la narration. Malgré un joli succès dont le prix alternatif au Festival d’Angoulême en 2006, les fanzines autoproduits et distribués par Ptit Marc et ses acolytes finirent par être abandonnés, le phénomène s’essoufflant dans un monde en perpétuelle mutation. Une belle période, toutefois, pour mon sympathique interlocuteur qui bénéficiait d’une véritable liberté de création à peine encadrée par une éthique graphique claire.

Au fil des années, cet artiste profondément humble – « cela a parfois été un problème car dans le milieu, il faut savoir se vendre », reconnait-il – s’est forgé un univers singulier qui saute aux yeux sur chacune de ses toiles. « Mon inspiration vient du quotidien, de mes souvenirs, de la culture populaire. Je note dans un petit carnet mes idées et je les laisse germer à mon rythme », partage-t-il avec moi. « Lorsque je peins, je m’évade, je rejoins mon monde pour y jouer avec mes personnages, y raconter mes histoires et parfois faire passer un message. »

Le confinement a été une source d’inspiration pour Ptit Marc qui a pu profiter d’une existence ralentie. « C’est lorsque je suis tout seul à la maison que je crée et alors le temps s’arrête », continue celui dont la compagne aussi est artiste. « Quand je termine un tableau, je me sens libéré et je peux repartir sur autre chose. »

Alternant les formats, Ptit Marc propose une sorte de figuration libre avec une esthétique léchée. Légèrement daltonien, cet artiste atypique commence par appliquer plusieurs couleurs de fond sur sa toile avant d’attaquer, plic-ploc, les différentes scènes qui ornent ses productions. « Parfois des éléments se rajoutent d’eux-mêmes – ou presque – au fil des jours, parfois j’efface », me dit-il. « J’ai toujours une vague idée de vers où je vais et cela se précise au fur et à mesure »,

Pour profiter du talent du bonhomme, il faut prendre son temps. Si la vision d’ensemble séduit l’œil, c’est en me penchant davantage sur chacune des scénettes qui composent ses grands formats que je parviens à apprécier toute la complexité et la précision des œuvres qui me sont présentées. « Le diable est dans les détails », avait coutume d’affirmer Friedrich Nietzsche. Pour ma part et face à la foultitude de ceux-ci dans les toiles de Ptit Marc, j’aurais tendance à assurer que c’est bien la grâce qui s’y niche.

« C’est difficile de prédire l’avenir » conclut Ptit Marc alors que je m’apprête à le quitter, ébahi par la technique et l’inspiration dont il fait preuve au quotidien. « Mais je crois pouvoir dire que je n’arrêterai jamais de peindre. » Et ça, c’est une sacrée bonne nouvelle !

Thiebaut Colot

Vous pouvez suivre le travail de Ptit Marc sur Instagram (ptitmarc1), sur Facebook (Ptit marc | Facebook) et le contacter par mail à Ptitmarc666@hotmail.com

Liège & Basketball