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 » La médecine légale, c’est l’art de s’attacher aux détails »

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Carton plein pour Philippe Boxho au Casino de Chaudfontaine.

Directeur de l’Institut de Médecine légale de l’Université de Liège et membre de l’Académie Royale de Médecine légale de Belgique, Philippe Boxho est aussi, parmi ses nombreuses autres casquettes, un véritable phénomène littéraire, son premier ouvrage Les morts ont la parole s’étant vendu comme des petits pains, le second, Entretien avec un cadavre, suivant le même chemin. « Je n’avais jamais pensé écrire de livre », avouait-il mercredi dans la salle archi-comble du Casino de Chaudfontaine. « J’ai raconté trois histoires dans un podcast de la RTBF qui a été vu plus d’un million de fois. Des éditeurs m’ont proposé d’écrire un bouquin et c’est comme cela que ça a commencé. »

Des livres qui racontent des affaires qu’a réellement traité celui qui fait partie des douze seuls médecins légaux de Belgique. « J’écris le livre en trois semaines, une histoire par jour. Je romance un peu chacune d’entre elles en ajoutant des traits de caractère de mes proches aux protagonistes de chaque affaire », confiait-il. Un procédé qui fonctionne puisque les livres de cette sommité mondiale en matière de médecine légale ont su conquérir des milliers de lecteurs alors que cette conférence organisée par le MR, comme toutes celles où le Dr Philippe Boxho est invité, fut rapidement sold out« D’habitude, nos conférences ont lieu à l’Espace Beaufays mais vu l’engouement suscité par celle-ci, nous avons dû trouver un lieu avec une plus grande capacité d’accueil », précisait d’ailleurs Caroline Veys avant de céder la parole à Daniel Bacquelaine, chargé d’introduire l’invité du jour, par ailleurs citoyen de la commune de Chaudfontaine.

« Certains médecins ont parfois du mal à laisser parler les vivants alors que lui réussit à faire parler les morts », blaguait l’ancien Ministre des Pensions après avoir énoncé l’impressionnant CV du Dr Boxho. « Peut-être qu’en 2024, année électorale, Philippe Boxho, viendra nous parler de l’art de faire voter les morts. » Reprenant son sérieux, Daniel Bacquelaine ne manquait pas de souligner que par sa fonction, la vedette de la soirée participait à « l’œuvre de justice » tout en rappelant le prochain défi qui attendait Philippe Boxho : l’autopsie de Saint Lambert. En effet, lundi 16 octobre le coffre reliquaire qui contient des os du Saint Patron de Liège a été ouvert dans le cloître de la Cathédrale Saint-Paul de Liège. Ces ossements qui datent d’il y a plus de 1300 ans devront permettre à Philippe Boxho et à la communauté scientifique d’apporter davantage d’informations sur Saint Lambert mais aussi de préciser, peut-être, les circonstances de sa mort.

« La médecine légale, c’est l’art de s’attacher aux détails », affirmait Philippe Boxho en convoquant Sir Arthur Conan Doyle. Après avoir brièvement évoqué son parcours devant un auditoire immédiatement captivé, ce Liégeois jusque dans le verbe expliquait les fondements de la médecine légale et la manière dont s’organise le travail sur une scène de crime. Très à l’aise sur scène, s’autorisant certaines digressions et faisant preuve d’un véritable humour, Philippe Boxho parvenait à vulgariser avec talent une matière complexe à appréhender. Excellent orateur, il déroulait son PowerPoint et ses histoires macabres mais ô combien intéressantes et, oui il faut bien l’admettre, divertissantes. Anecdotes croustillantes, situations rocambolesques, conclusions surprenantes : l’assemblée était suspendue aux lèvres de Philippe Boxho qui eut le don de rendre particulièrement « vivante » ces 75 minutes consacrées aux… morts. Et si certains futurs tueurs en série ont sans doute pu retenir quelques excellents conseils pour perpétrer leur forfait en toute impunité, tous les – très nombreux ! – spectateurs ont pu découvrir l’envers du décor des sordides faits divers qui s’étalent dans les journaux et des crimes qui pullulent dans les séries policières. Une soirée trop « mortelle » comme disent – encore ? – les jeunes conclue autour du verre de l’amitié offert par le MR de Chaudfontaine.

Thiebaut Colot

Crédits photos : DR

KRS Logicistics