Quelques mois après avoir été distinguée « Ville créative de musique » par l’UNESCO, Liège confirme la richesse et la diversité de sa scène musicale. En l’espace de quelques jours, les mélomanes ont ainsi voyagé de la Russie impériale aux États-Unis du XXᵉ siècle, entre opéra et grande musique symphonique.
Le 31 octobre dernier, Liège était distinguée comme « Ville créative de musique » par l’UNESCO. Un immense honneur pour la Cité ardente qui rejoignait ainsi plus de 350 villes – Séville, Bologne, New Orleans ou encore Glasgow – réparties dans une nonantaine de pays au sein du Réseau des villes créatives, créé il y a vingt ans par l’organisation internationale. Liège devenait ainsi la première ville wallonne et la deuxième ville belge – après Gand – à recevoir ce label prestigieux, célébrant la diversité et la richesse de sa vie musicale.

Une distinction parfaitement méritée. Rien que durant cette première semaine de mars, les amateurs de musique pouvaient effectuer de véritables incursions musicales entre la Russie et les États-Unis.
Ainsi, à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, le public retrouvait Pikovaïa dama, opéra de Piotr Ilitch Tchaïkovski, pour la première fois depuis plus de vingt ans sur la scène liégeoise. Magistralement mise en scène et interprétée, cette œuvre exceptionnelle a conquis les spectateurs de l’Euregio, les plongeant dans la Russie du XVIIIᵉ siècle.
La soprano liégeoise Aurore Daubrun, qui interprétait le rôle de Milovzor, ne cachait pas son enthousiasme : « J’étais ravie de pouvoir enfin aborder ce répertoire que j’affectionne particulièrement. Les voix sombres sont plus présentes et importantes, l’intensité dramatique également », confiait-elle. « C’est particulièrement plaisant pour moi de chanter en russe. Je n’ajoute rien dans l’interprétation, je laisse au contraire la voix s’épanouir pleinement sans retenue, surtout dans les graves. »
Liège, capitale musicale aux mille horizons
À quelques centaines de mètres de là, les mélomanes prenaient une direction opposée, celle des États-Unis. Sous les ors de la Salle Philharmonique de Liège, l’OPRL et la cheffe d’orchestre lilloise Lucie Leguay – qui s’est notamment illustrée à Genève, Berlin, Cologne, Stuttgart et Nuremberg – embarquaient le public pour un périple au cœur de l’Amérique musicale du XXᵉ siècle.

La soirée s’ouvrait avec une très réussie Ouverture de concert n°1 de Florence Price. Première femme afro-américaine dont une symphonie fut jouée par un grand orchestre américain, la compositrice, formée au New England Conservatory de Boston, trouva à Chicago un environnement artistique particulièrement stimulant. Elle y développa un langage musical personnel, profondément marqué par son héritage afro-américain. Ouverture de concert n°1 témoigne ainsi de ses liens étroits avec le répertoire des Negro Spirituals.
Le public attendait ensuite avec impatience les Danses symphoniques de West Side Story. Sans suivre l’ordre de la célèbre comédie musicale, cette suite de concert condense toute l’énergie de Broadway en un véritable poème symphonique, révélant le génie de Leonard Bernstein.
Compositeur, pianiste et chef d’orchestre d’exception, Bernstein mena ces trois carrières avec un égal succès et laissa une empreinte indélébile dans l’histoire de la musique. Cette version modernisée de Roméo et Juliette, où Tony appartient aux Jets et Maria aux Sharks, connut un succès immédiat lors de sa création : l’œuvre resta à l’affiche près de deux ans et totalisa 772 représentations. Aujourd’hui encore, l’atmosphère et la tension dramatique de cette comédie musicale mythique continuent de séduire les publics. Mambo !
Enfin, pour conclure cette soirée aux accents américains, les spectateurs purent découvrir Symphonie pour orgue et orchestre d’Aaron Copland, une œuvre originale en trois mouvements reliés par un thème récurrent. Cette partition témoigne d’une période charnière dans la carrière du compositeur, qui cherche encore sa voie entre l’influence parisienne et l’affirmation d’une identité musicale américaine.
À l’orgue, la Française Lucile Dollat fut copieusement applaudie, tout comme Lucie Leguay – impeccable dans sa direction – et l’ensemble de l’orchestre, qui réussit un véritable tour de force en interprétant avec brio trois compositeurs américains affirmant chacun une identité musicale nouvelle.
Entre l’intensité dramatique de Pikovaïa dama et l’énergie vibrante de la musique américaine, Liège a une nouvelle fois démontré l’extraordinaire vitalité de sa vie culturelle. Une illustration éclatante de ce qui lui vaut aujourd’hui sa place parmi les grandes villes musicales du réseau de l’UNESCO.
Thiebaut Colot
Revivez le concert West Side Story : Concert de 20h – Orchestre Philharmonique Royal de Liège – Lucile Dollat, orgue – Lucie Leguay, direction – Price, Bernstein, Copland – Auvio
Revivez Pikovaïa dama : « Les voix sombres sont plus présentes et importantes, l’intensité dramatique également » — #Liégeois
Plus d’informations sur l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège : L’Orchestre Philharmonique Royal de Liège | OPRL
Plus d’informations sur l’Opéra Royal de Wallonie-Liège : Page accueil – L’Opéra Royal de Wallonie – Opéra Royal de Wallonie-Liège
Crédits photos : Dominique Houcmant Goldo et J. Berger / ORW-L