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« Pas une histoire d’individus, mais une histoire universelle »

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Après un concert de rentrée donné devant une salle comble le samedi 22 août, l’Opéra Royal de Wallonie-Liège s’apprête à entrer pleinement dans une nouvelle saison culturelle particulièrement riche et enthousiasmante. Du 18 au 26 septembre, Macbeth de Giuseppe Verdi ouvrira le bal des productions lyriques avec une nouvelle création confiée à Stefano Poda et dirigée par Giampaolo Bisanti. Une plongée spectaculaire dans les méandres de l’ambition, du pouvoir et de la culpabilité.

Le public liégeois a déjà répondu présent. Le samedi 22 août, l’Opéra Royal de Wallonie-Liège affichait complet pour son traditionnel concert de rentrée, premier grand rendez-vous d’une saison 2026-2027 qui s’annonce particulièrement riche. Après cette mise en bouche musicale, place désormais à l’opéra et à une œuvre majeure du répertoire : Macbeth de Giuseppe Verdi.

Présenté à cinq reprises, du 18 au 26 septembre, l’ouvrage constitue un choix particulièrement pertinent pour ouvrir une saison placée sous le signe de « Pouvoirs, Désirs ». Dans cette tragédie, le désir devient une ambition dévorante et le pouvoir, conquis dans le sang, finit par consumer ceux qui tentent de le conserver. Une exploration des facettes les plus sombres de l’âme humaine qui trouve ses origines dans l’œuvre de William Shakespeare.

Créé le 14 mars 1847 au Teatro della Pergola de Florence, Macbeth marque d’ailleurs la première rencontre de Verdi avec Shakespeare, avant Otello et Falstaff. Le compositeur italien s’éloigne ici des schémas amoureux traditionnels pour se concentrer sur le pouvoir, le meurtre et la folie. Profondément remaniée en 1865 à l’occasion de sa présentation parisienne, la partition impose une atmosphère sombre et tendue, portée par une orchestration incisive et des ruptures qui annoncent déjà les grandes tragédies de la maturité de Verdi.

Pour son retour à Liège, huit ans après sa dernière représentation à l’ORW, Macbeth fera l’objet d’une toute nouvelle production. Celle-ci est confiée à Stefano Poda, artiste aux multiples facettes qui assure à la fois la mise en scène, les décors, les costumes, les lumières et la chorégraphie. Déjà passé par la maison liégeoise avec Falstaff en 2009, Faust en 2019 et Les Contes d’Hoffmann en 2023, l’artiste italien envisage l’opéra comme une expérience artistique globale.

« Macbeth appartient à ces œuvres qui dépassent le récit pour atteindre une dimension plus profonde, intime et épique en même temps. Pas une histoire d’individus, mais une histoire universelle », explique Stefano Poda. Une conception qui l’a conduit à imaginer, au sein même des ateliers de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, un véritable espace mental où architecture, matière et lumière participent pleinement au drame. « Je suis toujours convaincu que l’opéra doit être le royaume de la fusion entre les disciplines », poursuit le metteur en scène, qui souhaite réunir musique, arts visuels et dramaturgie dans un même univers.

Cette vision prendra notamment la forme d’un immense labyrinthe vertical. Escaliers, portes et passages se multiplieront dans un espace en perpétuelle transformation où aucun chemin ne semble conduire à une destination définitive. Une architecture directement liée à l’irrésistible ascension de son personnage principal. « Comme pendant la montée de Macbeth vers le pouvoir, chaque conquête appelle une conquête supplémentaire », souligne Stefano Poda.

L’impressionnante scénographie imaginée par l’artiste ne se limitera toutefois pas à sa dimension spectaculaire. Ses parois seront constituées d’une accumulation de corps humains, entassés et figés à la manière des corps pétrifiés de Pompéi. Une vision qui matérialise les conséquences de cette quête effrénée : « Les parois de ce Macbeth sont donc le symbole de tout le prix payé pour accéder au pouvoir », précise le metteur en scène. Au cœur de cet univers sombre subsistera néanmoins une possibilité d’espoir, cette lumière que Stefano Poda considère comme caractéristique des drames les plus profonds de Verdi.

Les costumes prolongeront cette atmosphère énigmatique et mystérieuse tandis que les sorcières constitueront le véritable fil rouge de la production. La chorégraphie et la danse contemporaine occuperont également une place importante dans cette conception théâtrale qui cherche à mettre en lumière autant la brutalité des personnages que leur fragile humanité.

Derrière l’impressionnante mécanique visuelle se trouve surtout une réflexion profondément humaine. Macbeth et Lady Macbeth deviennent les incarnations d’une ambition qui aveugle et d’un pouvoir susceptible de corrompre celui qui le convoite. « Le drame de Macbeth et de sa Lady, si perturbant soit-il, invite finalement à une réflexion sur la vanitas, qui est la véritable clef de lecture de cette mise en scène », explique Stefano Poda. Et de résumer la portée de son propos : « Si tout est vanité, le pouvoir est la vanité des vanités. »

Dans la fosse, Giampaolo Bisanti retrouvera une partition qu’il connaît particulièrement bien pour l’avoir déjà dirigée à plusieurs reprises, notamment à Vienne. Le directeur musical de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège considère Macbeth comme un tournant dans l’écriture de Verdi, avec une œuvre âpre et incisive dans laquelle la recherche de la vérité dramatique prend le pas sur la séduction formelle. Il sera à la tête de l’Orchestre et du Chœur de la maison liégeoise.

La distribution internationale constitue un autre atout de cette production. Le baryton italien Luca Micheletti, qui fera à cette occasion ses débuts à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, incarnera Macbeth. Un rôle qu’il maîtrise déjà pour l’avoir récemment défendu à Turin, Ravenne et Tokyo. Artiste particulièrement complet, Micheletti mène parallèlement des carrières de chanteur, d’acteur et de metteur en scène.

Face à lui, la soprano américano-polonaise Ewa Płonka effectuera elle aussi ses débuts liégeois dans un rôle de Lady Macbeth qu’elle a déjà interprété sur plusieurs scènes prestigieuses, notamment à Washington, Zurich et au Deutsche Oper am Rhein. Habituée des grandes maisons internationales, elle s’est également illustrée récemment dans Turandot à La Scala de Milan et Aida à l’Opéra national de Paris.

Gianluca Buratto prêtera sa voix à Banco tandis que Matteo Desole incarnera Macduff. Alexandra Grigoras interprétera la suivante de Lady Macbeth et Lorenzo Martelli, Malcolm. Luca Dall’Amico ainsi que plusieurs membres du Chœur de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège compléteront cette imposante distribution.

Après l’enthousiasme suscité par un concert de rentrée joué à guichets fermés, l’Opéra Royal de Wallonie-Liège s’apprête donc à lancer sa saison lyrique avec une production particulièrement ambitieuse. Tragédie du pouvoir et de l’ambition portée par la musique saisissante de Verdi, Macbeth réunira les forces artistiques et techniques de la maison liégeoise autour d’un spectacle pensé dans sa globalité. Une première étape prometteuse dans une saison 2026-2027 qui offrira une nouvelle fois au public liégeois l’occasion de découvrir de grandes œuvres et des artistes de premier plan.

Macbeth sera présenté les 18, 22, 24 et 26 septembre à 20 h ainsi que le dimanche 20 septembre à 15 h à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège.

Infos et tickets : Macbeth – Opéra Royal de Wallonie-Liège

T. C.

Crédits photos : J. Berger/ ORWL

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