Et si l’impressionnisme ne s’était pas seulement écrit à Paris, Giverny ou sur les bords de Seine ? Dès le 9 octobre, La Boverie poursuit les célébrations de son dixième anniversaire avec L’impressionnisme, une histoire belge, une exposition d’envergure réunissant près de 150 chefs-d’œuvre issus de prestigieuses collections belges et internationales. Monet, Renoir, Pissarro ou Sisley y dialogueront avec Ensor, Van Rysselberghe et Claus pour rappeler combien la Belgique participa pleinement aux bouleversements artistiques qui allaient redéfinir la peinture européenne à la fin du XIXe siècle.
Dix ans après son ouverture, La Boverie continue de regarder vers les grands maîtres tout en interrogeant l’histoire de l’art sous un angle parfois moins attendu. Coproduite par le CIAC et Tempora, L’impressionnisme, une histoire belge entend ainsi remettre en lumière un chapitre essentiel de l’avant-garde européenne : celui joué par la Belgique dans cette formidable révolution du regard qui transforma la peinture à la fin du XIXe siècle.

Le propos est d’autant plus séduisant qu’il repose sur une confrontation directe avec les grands noms français. Claude Monet, Auguste Renoir, Camille Pissarro ou Alfred Sisley côtoieront James Ensor, Théo Van Rysselberghe et Émile Claus au fil d’un parcours chrono-thématique conçu comme un dialogue plutôt que comme une succession d’écoles nationales.
Car si Paris demeure indissociable de la naissance de l’impressionnisme, Bruxelles s’imposa elle aussi comme l’un des foyers particulièrement féconds de l’avant-garde européenne. Les artistes belges observent les recherches menées en France, s’en nourrissent, les confrontent à leurs propres préoccupations et développent progressivement des écritures singulières. La lumière, la couleur et la perception du réel deviennent alors autant de territoires d’expérimentation.
L’exposition entend précisément raconter cette circulation des idées et des influences. Près de 150 œuvres seront rassemblées, dont une trentaine provenant des collections de La Boverie, tandis que vingt musées belges participent aux prêts. Un ensemble dont 70 % des artistes et des œuvres sont belges, confirmant la volonté de replacer pleinement cette création nationale dans le récit européen de la modernité.
Le bâtiment lui-même participera à cette plongée dans la peinture de la Fin-de-siècle. Édifiée à l’époque des artistes présentés, l’architecture néoclassique de La Boverie servira d’écrin à une scénographie volontairement sobre. Les interventions contemporaines s’effaceront autant que possible afin de préserver les volumes du lieu et de laisser les œuvres respirer.

Cette sobriété architecturale sera toutefois ponctuée par un parcours chromatique inspiré des recherches néo-impressionnistes sur la perception et le contraste simultané. Fondée notamment sur les couleurs primaires, la scénographie accompagnera ainsi les variations lumineuses des tableaux et fera de la couleur elle-même un fil conducteur de la visite.
La Boverie profitera également de cette exposition majeure pour poursuivre son travail d’accessibilité. Des « temps calmes » seront organisés chaque premier mercredi du mois, tandis que des kits sensoriels destinés notamment aux publics neuroatypiques et hypersensibles pourront être empruntés gratuitement. Bornes en relief et audiodescriptions enrichiront également le parcours des visiteurs déficients visuels. Les enfants disposeront de livrets-jeux et des visites guidées mensuelles seront proposées aux visiteurs individuels.
L’exposition donnera enfin naissance à un catalogue de 288 pages, publié en français et en néerlandais et riche de plus de 150 reproductions. Plusieurs historiens de l’art, chercheurs et spécialistes y apporteront leur éclairage afin de prolonger la réflexion autour de la richesse de l’école belge de peinture de la Fin-de-siècle.
Avec L’impressionnisme, une histoire belge, La Boverie propose ainsi davantage qu’une réunion spectaculaire de grands noms. L’exposition invite à déplacer le regard sur un mouvement que l’histoire a largement associé à la France pour redonner à la Belgique la place qu’elle occupa dans l’effervescence artistique européenne. Une manière particulièrement pertinente de célébrer les dix ans du musée liégeois : faire venir à Liège des chefs-d’œuvre internationaux tout en révélant, à leurs côtés, la puissance et l’audace d’un patrimoine belge qui mérite pleinement la lumière.
Plus d’infos : L’Impressionnisme, une histoire belge — Liège
T. C.
Crédits photos : © Musée des Beaux-Arts / La Boverie, Ville de Liège , © Association des Amis du Petit Palais, Genève / Studio Monique Bernaz Genève et © Collection privée / Tempora