#Liégeois — Magazine de référence pour la Province de Liège
Nous sommes le 27 Oct 2026, il est 9:20am
«

Glass, Bowie et Greenwood : une soirée envoûtante à la Salle Philharmonique de Liège

À la une Chroniques Culture Musique

Vendredi 23 octobre, la Salle Philharmonique de Liège affichait complet pour « Glass, Bowie, Greenwood », premier rendez-vous de la saison des Nouveaux Classiques. Sous la direction du jeune et talentueux chef Ross Jamie Collins, l’Orchestre Philharmonique Royal de Liège a offert au public une expérience musicale singulière, explorant les univers de Jonny Greenwood et Philip Glass, avec l’ombre fascinante de David Bowie en toile de fond. Une soirée envoûtante, saluée par de longs applaudissements.

Vendredi 23 octobre, la Salle Philharmonique de Liège affichait complet pour « Glass, Bowie, Greenwood ». « Il s’agit de la première représentation des Nouveaux Classiques, un format dont c’est seulement la deuxième saison, et nous sommes très heureux de vous voir ce soir si nombreux », glissait Aline Sam-Giao en préambule.

Pour débuter cette soirée pas comme les autres, une partie de l’Orchestre s’attaquait à la suite pour hautbois et cordes composée par Jonny Greenwood pour le film culte There Will Be Blood. Le guitariste et principal architecte sonore du mythique groupe Radiohead a expliqué avoir écrit cette musique principalement à partir du scénario et de photographies des paysages. Il en résulte une atmosphère très particulière – proche de celle du film, pour celles et ceux qui l’ont vu – où les cordes occupent une place centrale, notamment par leur capacité, selon Greenwood, à dépasser les possibilités expressives de la voix humaine. Un univers sonore parfois mélancolique, souvent inquiétant, voire franchement terrifiant, pour une expérience musicale réellement singulière.

Place ensuite au clou de la soirée : la Symphonie n° 4 « Heroes » de Philip Glass. Le compositeur américain, qui se reconnaissait dans la démarche de David Bowie et Brian Eno lorsque, à la fin des années 1970, ils faisaient du rock un laboratoire sonore mêlant une multitude d’influences, composa cette symphonie en 1996, après sa Symphonie n° 1 « Low », à la demande de la chorégraphe Twyla Tharp.

Celui qui restera pour beaucoup d’entre nous le formidable compositeur de la musique de The Truman Show – on l’y voit d’ailleurs furtivement au piano – adopte un langage qui lui est propre, fondé sur quelques principes qui font sa singularité : « des cellules mélodiques simples, répétées et progressivement transformées, des arpèges qui se déploient en longues vagues et des harmonies claires dont les changements, parfois infimes, produisent de grands effets », explique-t-on du côté de l’OPRL.

Au fil de six mouvements – Heroes, magnifique évidemment, Abdulmajid, joli, Sense of Doubt, Sons of the Silent Age, absolument merveilleux, Neuköln et V2 Schneider, avec son puissant final –, tous très réussis et brillamment interprétés par l’Orchestre liégeois, nous nous extirpons des sièges de la Salle Philharmonique et quittons la Cité ardente pour flotter quelque part dans un ailleurs onirique. Philip Glass réussit l’exploit d’offrir au rock expérimental berlinois une nouvelle dimension, symphonique, sans rien perdre de son pouvoir hypnotique et de nous transporter dans son univers.

Fort logiquement, le jeune chef Ross Jamie Collins, promis à un brillant avenir et dont la joie sincère et le plaisir évident d’être là étaient particulièrement agréables à voir, ainsi que les musiciens liégeois furent longuement et copieusement applaudis. Le public ne se priva pas non plus de féliciter bruyamment deux musiciens – la violoniste Ann Bosschem et le clarinettiste Theo Vanhove – à l’occasion de leur départ après quarante années passées au sein de l’OPRL !

Une soirée particulièrement réussie pour ce format Nouveaux Classiques, qui proposera encore deux rendez-vous cette saison. Le 23 janvier, la violoncelliste et compositrice polonaise Dobrawa Czocher viendra avec son trio pour un concert aux frontières des langages et des esthétiques actuels. Le 27 mai, Dustin O’Halloran, pianiste américain, façonnera en solo, au piano et avec quelques touches électroniques, une expérience introspective d’une grande délicatesse. Deux nouvelles occasions de découvrir la musique autrement, dans ce magnifique écrin qu’est la Salle Philharmonique de Liège.

Thiebaut Colot

Plus d’infos : L’Orchestre Philharmonique Royal de Liège | OPRL

Crédit photo : DR

Soumettez un sujet pour le magazine #Liégeois