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« Nous sommes désormais dans la cour des grands »

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Ambitieuse saison 2026-2027 pour l’Opéra Royal de Wallonie-Liège qui explorera les forces du pouvoir et du désir à travers dix opéras, des concerts symphoniques et de la danse. Focus sur les réjouissantes nouveautés de l’une des locomotives culturelles de la Cité ardente dont le rayonnement ne cesse de croître sur la scène internationale.

Chaque année, la présentation de la nouvelle saison de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège constitue un moment attendu du monde culturel. L’édition 2026-2027 semblait toutefois revêtir une saveur particulière, confirmant l’excellente santé de la maison liégeoise. « Nous n’avons presque eu que des ‘soldout’ cette saison, preuve de la reconnaissance du public qui apprécie aussi les opéras moins connus que nous proposons », se félicite Stefano Pace, directeur général et artistique, récemment reconduit pour cinq années supplémentaires dans ses fonctions. « Nous sommes désormais dans la cour des grands et nous battons avec les grandes maisons pour faire venir les meilleurs artistes. »

Le succès rencontré par l’institution s’inscrit dans une vision culturelle plus large portée par la Ville. « Liège a toujours eu l’ambition d’être une métropole culturelle », rappelle Willy Demeyer, bourgmestre de Liège et président du conseil d’administration de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège. « La culture est un formidable moyen d’expression et d’émancipation et est d’autant plus nécessaire à l’époque que nous traversons. » Avant d’ajouter : « Il y a à Liège la volonté de promotionner la culture et cela passe par promotionner l’excellence. »

La saison 2026-2027 sera placée sous le signe du pouvoir et du désir. « L’action est toujours mue par ces deux éléments qui régissent tous les types de relations humaines », souligne Stefano Pace. Tragédie ou comédie, drame politique ou passion intime : ces forces antagonistes traversent l’histoire de l’opéra et nourriront l’ensemble de la programmation.

Cette thématique irrigue les dix opéras proposés – un de plus que la saison précédente – offrant un vaste parcours à travers les époques et les esthétiques. L’ouverture se fera avec Macbeth de Giuseppe Verdi. « Un opéra emblématique de la thématique de la saison », souligne Stefano Pace. « Ce dixième opéra de Verdi a caractérisé mes débuts dans les plus grands théâtres du monde », confie de son côté Giampaolo Bisanti, prolongé pour cinq années supplémentaires comme directeur musical.

Les fidèles de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège retrouveront également de grands classiques, mais aussi des propositions plus rares. Un moment plus léger viendra ainsi avec L’Heure espagnole et L’Enfant et les sortilèges. Thaïs de Jules Massenet – avec notamment Aurore Daubrun et Lionel Lhote – fera son retour à Liège pour la première fois depuis 1990, dans une mise en scène transposée dans le New York des années 1920.

Wagner sera également au programme avec Lohengrin. « Je tremble presque de l’avoir programmé », sourit Stefano Pace, évoquant son lien personnel avec cette œuvre depuis ses débuts à Genève. « Ce sera la troisième production wagnérienne à Liège depuis mon arrivée et cela marque une étape essentielle dans le développement de notre orchestre désormais capable de passer du drame italien à la mystique allemande », ajoute Giampaolo Bisanti.

La saison réservera aussi une véritable découverte avec Hubička, œuvre emblématique du répertoire national tchèque, rarement jouée hors de son pays d’origine. « Nous n’avons trouvé aucune trace de représentation en Belgique, en France, en Allemagne ou encore en Italie », précise Stefano Pace. L’opéra, basé sur un roman écrit par une femme et sur un livret également signé par une autrice, aborde notamment la question du consentement. « C’est l’objet rare de cette saison », résume le directeur.

Le bel canto sera à l’honneur avec Roberto Devereux de Donizetti, dont la dernière représentation à Liège remonte à 1980. « Du bel canto à son apogée dramatique », assure Giampaolo Bisanti. « Mais il ne faut pas réduire cela à un simple exercice de virtuosité. Chez Donizetti, la technique n’est jamais gratuite. »

Parmi les nouvelles productions, Capriccio de Richard Strauss promet également un moment suspendu. « Ce sera un moment suspendu avec lequel nous comptons montrer à notre public nos espoirs et notre processus de création », explique Stefano Pace.

La saison sera aussi marquée par une exclusivité mondiale : Zombie Opera, création d’Andrea Battistoni, compositeur en résidence. Cette œuvre originale s’empare de la figure du zombie, devenue incontournable dans la culture populaire contemporaine, pour en explorer la puissance dramatique.

Andrea Battistoni signera également un nouveau final pour Turandot de Puccini. « J’avais envie de commettre un sacrilège », sourit Stefano Pace, assumant la volonté de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège de s’engager pleinement dans la création contemporaine. « Les puristes risquent de s’insurger mais au moins on parlera de nous. »

Les plus jeunes spectateurs ne sont pas oubliés avec Lucile et Lia, un opéra participatif accessible dès cinq ans, dont le livret a été conçu à l’aide d’une intelligence artificielle générative. La saison comprendra également plusieurs concerts symphoniques, dont la Symphonie n°9 de Beethoven. « La neuvième, c’est la neuvième », résume immédiatement Giampaolo Bisanti, ravi du succès rencontré cette année avec le Requiem de Verdi. « Cette saison est la plus exigeante de celles que nous avons déjà programmées », affirme Stefano Pace.

La danse fera également partie de l’affiche avec Dark Matter et Le Spectre de la Rose, six chorégraphies de Marco Goecke. « C’est l’un des trois plus grands chorégraphes contemporains au monde et il s’inscrit parfaitement dans notre volonté de donner une image plus contemporaine de la danse mais au plus haut niveau qualitatif », explique le directeur.

Autre moment attendu : la vente exceptionnelle de costumes. « Comme nous créons de nombreuses nouvelles productions, nous manquons d’espace avec plus de 2000 costumes confectionnés chaque année ! Cette vente doit permettre de ne pas freiner la frénésie créative de nos équipes tout en offrant une deuxième vie à nos costumes. »

Enfin, la saison 2026-2027 accueillera également la troisième édition du Concours International de Direction d’Orchestre d’Opéra. « C’est devenu le fleuron de notre théâtre et l’un des trois plus importants concours de ce genre au monde », s’enthousiasme Giampaolo Bisanti, rappelant que 211 candidatures avaient été reçues lors de la précédente édition. « Le jury y est de haut niveau et tous ceux qui y ont participé entament de brillantes carrières. »

À travers cette programmation dense, audacieuse et résolument ouverte, l’Opéra Royal de Wallonie-Liège confirme sa place parmi les grandes maisons lyriques européennes. Entre chefs-d’œuvre du répertoire, découvertes rares, créations contemporaines, concerts, danse et propositions destinées au jeune public, la saison 2026-2027 témoigne d’une ambition artistique remarquable. Une richesse et une diversité qui rappellent combien Liège a la chance de pouvoir compter sur un opéra d’une telle qualité, capable de séduire tous les publics tout en défendant avec exigence l’excellence musicale.

Plus d’informations : Page accueil – L’Opéra Royal de Wallonie – Opéra Royal de Wallonie-Liège

Thiebaut Colot

Crédits photo : ORW /J. Berger

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