De Rachmaninov à John Coltrane, de Berlioz à Danny Elfman, de Mozart à la création contemporaine : l’OPRL déploiera toutes ses couleurs au cours d’une saison 2026-2027 particulièrement éclectique. Pour sa deuxième année à la tête de l’Orchestre, Lionel Bringuier poursuivra le travail engagé autour du grand répertoire et de la musique franco-belge, tandis que le compositeur américain Carlos Simon sera accueilli en résidence. Avec 145 concerts publics et scolaires, des solistes internationaux, plusieurs tournées européennes et une attention constante portée aux nouveaux publics, l’institution liégeoise entend plus que jamais conjuguer excellence, ouverture et ancrage dans son époque.
« Un orchestre, mille couleurs ». Le slogan choisi par l’OPRL pour sa saison 2026-2027 dit assez bien l’ambition d’une programmation qui traversera quatre siècles de musique et conduira les musiciens dans cinq pays européens. Une diversité qui ne relève toutefois pas de la simple juxtaposition.
« Cette saison s’organise autour de plusieurs fils rouges : le compositeur en résidence Carlos Simon, le cinéma et la musique franco-belge », pointe Aline Sam-Giao, directrice générale, confiant être « très heureuse de collaborer avec Lionel Bringuier, un directeur musical profondément à l’écoute. »
Arrivé à la direction musicale de l’OPRL la saison dernière, le chef français semble pour sa part avoir rapidement trouvé ses marques dans la Cité ardente. « Je suis très heureux et je me sens bien à Liège : c’est un bonheur au quotidien et je m’y sens comme à la maison », avoue Lionel Bringuier.

Pour cette deuxième saison, le chef imprimera davantage encore ses goûts et ses affinités à la programmation. La musique franco-belge demeurera l’un des fils rouges avec Berlioz, Saint-Saëns, Florent Schmitt, Claude Ledoux et une attention particulière accordée à Henri Dutilleux.
« Nous aurons un focus sur Dutilleux que j’ai rencontré au Conservatoire de Paris durant mes études et qui m’a beaucoup marqué », dévoile Lionel Bringuier. Le compositeur français occupera une place d’autant plus importante que ses Métaboles et sa Symphonie nº 1 feront également l’objet du deuxième enregistrement du chef avec l’OPRL, après un premier album consacré à Albert Roussel attendu en 2027.
Le grand répertoire germanique et russe offrira un autre terrain d’expression privilégié. Brahms, Mahler, Beethoven, Tchaïkovski et Chostakovitch côtoieront notamment Rachmaninov. « La Deuxième Symphonie de Rachmaninov est un chef-d’œuvre », souligne simplement Lionel Bringuier. Elle prendra place dans une saison qui permettra également d’entendre le Concerto pour piano nº 2 du compositeur russe.
Les grands noms seront aussi sur scène. Hilary Hahn, Nelson Goerner, Behzod Abduraimov, Stéphanie d’Oustrac, Pablo Ferrández, Victor Julien-Laferrière ou encore Joe Lovano figurent parmi les nombreux solistes annoncés. Lionel Bringuier continuera parallèlement à mettre en valeur les talents de l’Orchestre en confiant notamment au concertmeister George Tudorache le redoutable Concerto pour violon nº 1 de Chostakovitch. Au total, 26 solistes et 14 chefs et cheffes se succéderont au fil de la saison.
Mais l’OPRL entend aussi regarder résolument vers la création. Le compositeur américain Carlos Simon sera en résidence à Liège. Joué par de grands orchestres internationaux, il verra notamment l’OPRL assurer la création européenne de son Double Concerto Suite avec Hilary Hahn et Seth Parker Woods. L’œuvre a été co-commandée avec les orchestres symphoniques de Washington, St. Louis et Boston. Carlos Simon sera également le curateur de Coltrane 100: Legacy, hommage symphonique à John Coltrane pour le centenaire de sa naissance.
Cette volonté de rester connecté aux écritures et aux préoccupations actuelles dépasse d’ailleurs la seule création contemporaine. « Je suis sensible à ce qu’un orchestre classique, même en jouant des œuvres passées, soit en phase avec la société, avec son temps », pointe Aline Sam-Giao.

Le cinéma participera largement à ce décloisonnement. Les Temps modernes de Charlie Chaplin sera présenté en ciné-concert, tandis que Loss, The Planets associera la musique de Holst à un dispositif de « Symphonic Cinema » avec Greg Wise et Emma Thompson. Danny Elfman, compositeur indissociable de l’univers de Tim Burton, sera lui aussi au cœur d’une soirée, alors que les « Nouveaux classiques » exploreront notamment les univers de Jonny Greenwood et Philip Glass.
Jazz, cinéma, musiques actuelles, musique de chambre ou grands monuments symphoniques : cette multiplication des portes d’entrée traduit la volonté de toucher bien au-delà du cercle des mélomanes avertis. Music Factory continuera ainsi à décrypter la musique avec Pierre Solot, tandis que les familles retrouveront les Dimanches en famille, L’Orchestre à la portée des enfants, les Philharbabies et le festival Symphokids. Une politique jeune public installée de longue date, puisque L’Orchestre à la portée des enfants fête désormais ses 30 ans.
Une ouverture chère à Elisabeth Fraipont, échevine devenue présidente du conseil d’administration de l’OPRL. « J’ai un attachement réel pour l’OPRL et son approche profondément humaniste », confie-t-elle. « L’OPRL ne ronronne pas. Il joue un rôle significatif au niveau international, notamment avec le label de ville créative UNESCO dans la catégorie musique obtenu par Liège et par l’éclectisme de sa programmation qui touche tous les publics. »
Cette dimension internationale prendra une ampleur particulière en 2026-2027. Lionel Bringuier et ses musiciens effectueront leur premier déplacement commun en Europe centrale, avec des concerts à Ostrava et Wroclaw, et se produiront également au prestigieux Concertgebouw d’Amsterdam ainsi qu’à l’Arsenal de Metz. La Symphonie fantastique de Berlioz voyagera notamment de la Belgique à la Pologne et à la Tchéquie.
« Nous aurons plusieurs déplacements à l’étranger, ce qui est très important. Je suis heureux que nous puissions voyager ensemble, partager des moments après les concerts : ça soude un orchestre », assure Lionel Bringuier. Au-delà du prestige de ces invitations, ces voyages participent ainsi à la construction artistique et humaine d’un collectif.
Ils renforcent également le rôle que l’institution entend jouer pour Liège. Depuis 2025, la ville appartient au Réseau des Villes créatives de l’UNESCO dans le domaine de la musique, un label dont l’OPRL veut désormais exploiter pleinement les possibilités de rencontres et de collaborations.
« L’OPRL est un ambassadeur de son territoire et de son pays. Nous portons avec beaucoup de fierté ce nouveau label UNESCO. Nous souhaitons tisser des liens avec d’autres villes du réseau et rendre hommage au jazz à Liège », affirme Aline Sam-Giao.
À travers ses 145 concerts, ses créations, ses rencontres avec le cinéma et le jazz, ses propositions familiales et ses déplacements européens, l’OPRL affirme ainsi une identité qui refuse de choisir entre héritage et mouvement. La saison 2026-2027 prolongera cette ambition : défendre avec exigence quatre siècles de répertoire tout en restant attentif aux artistes, aux esthétiques et aux publics d’aujourd’hui. Une manière pour l’Orchestre de conforter son rayonnement international tout en participant pleinement à celui d’une ville qui revendique désormais, jusque sous le label de l’UNESCO, la musique comme l’une de ses signatures.
Plus d’infos : L’Orchestre Philharmonique Royal de Liège | OPRL
Thiebaut Colot
Crédits photos : Anthony Lemoine et Anthony Dehez