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« Ma sécurité n’était plus garantie »

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Ennuis de santé et pépins techniques : Jonas Gerckens est contraint à l’abandon pour sa deuxième Route du Rhum.

« Les trois ou quatre premiers jours seront cruciaux »m’avait prévenu Jonas Gerckens quelques jours avant de prendre le départ de sa deuxième Route du Rhum. « Il faudra être vigilant dès le début et mesurer la prise de risques. Et parvenir à me reposer un minimum pour rester lucide. » Le plus Breton des Liégeois avait signé un excellent départ, occupant la seconde place dans sa catégorie jeudi matin. Ensuite, la poisse s’en est mêlée.

C’est tout d’abord une première alerte concernant sa santé qui est venue inquiéter son staff et ses supporters. Le Liégeois souffrait d’une forte toux sèche et d’une fatigue importante, ce qui diminuait ses performances. Jonas en avait même perdu sa voix, mais pas son humour. « C’est moins grave dans une course en solitaire », dédramatisait-il avec le sourire. Cependant, l’accalmie ne fut que de courte durée, des pépins techniques venant s’ajouter aux ennuis de santé de notre compatriote. Sa voile J1 s’est ainsi déchirée avant que son pilote automatique ne se révèle défaillant. Ces différentes composantes obligèrent ce talentueux skipper à jeter, à contre-coeur, l’éponge.

« Quelques heures après son départ, Jonas a commencé à souffrir de symptômes de type grippaux (principalement toux incessantes, extinction de voix et fatigue intense). La situation a continué à se dégrader au fil des heures. Le manque de sommeil des premiers jours n’a pas arrangé la situation. Jonas, qui visait le top 10 avec son nouveau bateau le VOLVO 164, avait pourtant fait un bon départ de course (dans le lot des 20 premiers sur 55 bateaux ), mais ensuite la loi des séries a eu raison de la suite de la course », recontextualise le communiqué publié par l’équipe de Jonas Gerckens sur les réseaux sociaux. « Ce vendredi midi, la voile J1 (génois) s’est déchirée obligeant Jonas à l’enrouler afin de sécuriser le bateau. Jonas a dû s’y reprendre à plusieurs reprises tellement l’opération était difficile notamment à cause de son état de santé dégradé. « J’étais épuisé après cette manœuvre qui n’est pourtant pas exceptionnelle. Je n’ai plus de ressources, je suis à bout » avait-il confié avant de partir se reposer pour reprendre des forces.Sans la voile J1 la traversée de l’Atlantique restait possible mais avec moins de chance d’être performant. Après s’être un peu reposé (30 minutes) en fin de journée , Jonas a pu prendre son premier repas chaud depuis le début de la course. Épuisé, il s’est replongé dans un micro-sommeil qui a été interrompu brutalement par le dysfonctionnement de son pilote automatique. Après avoir analysé la situation, Jonas a constaté que la seule manière de réparer son pilote automatique était de monter au mât ce dont il se sentait totalement incapable vu son état de santé. »

Une seule décision s’imposait alors : l’abandon. « L’état de santé, la voile J1 déchirée et le pilote automatique défaillant sont donc ces éléments de la loi des séries qui ont convaincu Jonas de prendre la lourde décision d’abandonner la course ce vendredi 11 novembre « J’aurais pu passer au-delà de mon état de santé, mais je ne me sentais plus sécurisé avec une voile J1 approximativement sécurisée et qui aurait pu se dérouler lors de la traversée du prochain gros front. Dans ce cas, la situation aurait pu être bien plus grave pour mon bateau et pour moi-même. Sans compter le dysfonctionnement de mon pilote automatique qui ne me permettait plus d’assurer ma sécurité minimum». Jonas Gerckens prend dès ce soir la direction de Lorient. Il devrait rejoindre le port dans les 36 heures », précise le communiqué.

Une franche déception pour Jonas Gerckens qui se présentait à son deuxième « Rhum » avec des ambitions à bord de son nouveau bateau, le Volvo164. Mais des aléas qui font partie de la vie d’un skipper. « Il y aura des déçus pour cette édition. Cela reste une épreuve très dure, il faut d’abord penser à finir avant de viser un classement. Sans oublier que cela demeure un sport mécanique avec les aléas que cela comporte », avait-il d’ailleurs souligné lors de notre rencontre dans le port de Saint-Malo.

Nul doute que cet athlète d’exception aura d’autres occasions de briller sur les mers et océans et de faire vibrer à nouveau ses supporters dont le nombre ne cesse de croître depuis plusieurs mois.

Thiebaut Colot

Crédit photo : Benjamin Sellier Wind4Production

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