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« Une transition assez radicale de se retrouver très vite seul au monde »

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Rencontre avec Jonas Gerckens, le skipper liégeois qui porte haut les couleurs de la Belgique pour cette douzième édition de la formidable Route du Rhum.

C’est à bord de son Volvo164 affectueusement baptisé « Rawette » que Jonas Gerckens nous accueille. Comme de coutume, il a la banane et pour cause : il s’apprête à s’élancer à l’assaut de l’Atlantique pour vivre sa deuxième Route du Rhum, quatre ans après avoir rallié la Guadeloupe en quatorzième position dans sa catégorie – la Class40 – pour sa première participation. « Je suis content de partir », me confie-t-il d’emblée. « Car à quelques jours du départ, c’est un sacré rythme avec les diverses sollicitations inhérentes à une telle compétition. Mais c’est aussi génial et magique de pouvoir faire partager ma passion. J’ai l’impression d’être une star de la F1 le temps d’un instant. » Et d’ajouter : « Je commence cependant déjà à rentrer dans ma bulle, c’est à dire à me déconnecter, à analyser la météo, visualiser les manœuvres. D’autant qu’on va prendre cher au départ ! »

Une météo dantesque est annoncée, tous les participants savent qu’ils vont au carton et que les premières heures de course seront potentiellement décisives tant le risque de casse semble élevé. « Les trois ou quatre premiers jours seront cruciaux », affirme même le plus Breton des Liégeois. « Il faudra être vigilant dès le début et mesurer la prise de risques. Et parvenir à me reposer un minimum pour rester lucide. »

Dimanche, celui qui a déjà été élu quatre fois marin belge de l’année partira pour une nouvelle formidable aventure : 6562 kilomètres à la voile et en solitaire pour rejoindre la Guadeloupe depuis la Cité malouine. « C’est une transition énorme car tu es entouré de milliers de personnes (ndlr : 2 millions de personnes sont attendues dimanche pour le départ) et tu te retrouves très vite seul au monde. C’est assez radical mais ça fait du bien car tu te replonges dans ce que tu sais faire », poursuit Jonas.

Rien n’a été laissé au hasard pour préparer cette épreuve titanesque. « Toute l’année, nous avons rassemblé des datas pour définir les meilleurs réglages des voiles afin d’optimiser les performances du bateau et du pilote automatique et de parvenir à la vitesse cible souhaitée » continue le Liégeois. « Il y a beaucoup de données à analyser pour élaborer les meilleures trajectoires, la meilleure route. »

L’expérience et l’entrainement jouent un rôle là-dedans, comme l’analyse des fichiers météos que Jonas téléchargera une fois en mer, les contacts n’étant autorisés que jusqu’à une heure du départ. « Les fichier, européens ou américains, permettent de construire la ou les routes idéales. Mais lorsque ceux-ci diffèrent, il faut tenter de comprendre pourquoi et cela passe par une analyse des images satellite en temps réel – les fichier n’étant finalement que des prévisions – et observer au dehors », me précise-t-il.

C’est avec de vrais objectifs mais sans pression – sa saison était d’ores et déjà réussie – que ce skipper d’exception prendra le départ. « En 2018, sept ou huit participants avaient un bateau neuf en Class40. Cette année il y a trente nouveaux bateaux », rappelle Jonas qui vise un Top 10 comme… une vingtaine d’autres compétiteurs. « Il y aura des déçus pour cette édition. Cela reste une épreuve très dure, il faut d’abord penser à finir avant de viser un classement. Sans oublier que cela demeure un sport mécanique avec les aléas que cela comporte. »

Pour aider à la performance, cet ancien judoka peut compter sur une équipe soudée et compétente. « C’est important d’avoir un staff de qualité, et c’est mon cas », souligne Jonas qui espère également « naviguer propre », c’est-à-dire avoir les bonnes sensations, choisir les bonnes trajectoires. « C’est grisant quand on a le vent arrière, ça glisse et provoque une sensation proche de celle qu’éprouvent les snowboarders en surfant sur de la poudreuse toute fraiche. »

Sa dernière soirée, Jonas la passera « tranquille à l’appart » avec un plat belge, évidemment : des boulets sauce tomate et champignons. « Le dernier repas du condamné », blague-t-il. « La nuit qui précède le départ n’est jamais la meilleure nuit du monde mais je suis davantage reposé qu’il y a quatre ans. »

Une excellente préparation, un bon bateau, une team de qualité et du talent : Jonas possède tous les ingrédients pour briller dans cette Route du Rhum et porter haut les couleurs belges fièrement affichées sur son Volvo164.

Thiebaut Colot

N. B. : Jonas Gerckens est l’un des deux Belges engagé dans cette mythique transatlantique. L’autre skipper, c’est Gilles Buekenhout sur son trimaran « Jess » dont vous pouvez retrouver ici le large portrait.

Crédit photos : Albert Colot (photo couverture), et Benjamin Sellier Wind4Production (photos 2 et 3)

La Maraudière