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« La poésie offre un rapport au monde différent »

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#Liégeois / Liégeois vous emmène à la rencontre de Julie Lombé, Liégeoise de cœur, artiste militante et amoureuse des mots.

Le parcours de Julie Lombé est aussi singulier qu’inspirant. Après une carrière dans le management dans les secteurs du tourisme et de la culture, elle bifurque vers les mots et la littérature. Slameuse, performeuse, formatrice, conférencière, auteure, elle multiplie les casquettes, mettant « des mots dans un maximum de champs d’activité. »

Namuroise d’origine, Julie a grandi dans un environnement où les livres étaient très présents. « Enfant, je n’étais pas une grande lectrice. Je me rappelle que ma sœur Lisette (ndlr : Poétesse nationale) avait pleuré pour avoir une machine à écrire alors que moi, j’étais plutôt ballon de basket », rigole-t-elle. « Vers l’adolescence, nous nous sommes retrouvées autour de la lecture et de l’écriture. »

La lecture nourrit l’écriture. « Lire beaucoup permet de développer sa curiosité, d’ouvrir des perspectives sur plein de styles différents », assure Julie. « Cela pousse à davantage d’humilité aussi, à dégonfler le melon car on constate qu’on se place simplement dans un long continuum. »

L’écriture et les mots, Julie les chérit. « J’ai toujours aimé écrire. Je prenais déjà, à l’inverse de bien d’autres, un plaisir fou à rédiger des notes de cours. La poésie, plus intimiste, et les relations épistolaires sont aussi très importantes pour moi. J’écris sans doute davantage que je ne parle à mes amies », sourit-elle. « J’estime qu’il est super important de maîtriser le langage. Ceux qui le maîtrisent ont plus de facilités à se faire comprendre, plus de finesse pour comprendre le monde, décrire leurs émotions, transmettre leur ressenti. »

C’est en 2015 que Julie fait ses débuts dans le slam. « On m’y a obligé », s’esclaffe-t-elle. « Ma sœur organisait une scène 100% féminine mais manquait de slameuses. Elle est allée en chercher dans son entourage. C’est ainsi que j’ai commencé le slam pour ne plus jamais le quitter. »

Une discipline qu’elle affectionne particulièrement. « J’aime la simplicité du dispositif. Un slam, c’est trois minutes, ce qui est assez long pour développer une pensée mais assez court pour ne pas être rébarbatif. C’est une forme d’expression libre qui permet de jouer avec la langue, avec les figures de style, avec ce que j’appelle les grosses ficelles contemporaines et de déposer ses idées les unes après les autres », détaille Julie. « J’aime aussi que cela fonctionne beaucoup avec des scènes ouvertes, que cela offre une diversité de points de vue, sans oublier les troisièmes mi-temps. Le milieu du slam est un milieu militant et festif. »

Le slam et plus généralement la poésie sont essentiels pour Julie. « La poésie offre un rapport au monde différent, affûte note regard, notre capacité d’écoute, de révolte et d’émerveillement », assure celle qui a toujours un carnet sur elle et écrit tous les jours. « La poésie, on sait que c’est à la marge de la littérature. C’est le petit rayon du fond du magasin. Mais c’est un petit rayon qui grandit, porté par de belles plumes et de belles voix. C’est un microcosme qui a le vent en poupe. »

La poésie et le slam permettent également de défendre des causes, de porter des combats. Ceux de Julie touchent au féminisme, à la sororité, aux questions de genre et au décolonialisme. « Ce sont des thématiques qui se sont imposées à moi. Je suis convaincue qu’il faut pouvoir parler d’un point de vue situé, de quelque chose qui nous touche directement. Les sujets sont vastes tant nos identités sont multiples », explique celle qui, actuellement, travaille sur Pauvre fille, un slam burlesque où elle partagera la scène avec Sara Machine et qui devrait être accessible au grand public à partir de 2025 même si certaines représentations ont déjà ponctuellement lieu. « C’est une œuvre qui traite de l’empouvoirement des femmes lié à la question financière et à la capacité de ces dernières à rester autonomes à différents niveaux. Cela montre toutes les choses que les femmes sont capables d’accepter car incapables, pour des raisons financières, de quitter un environnement toxique. Nous cherchons à outiller ces femmes pour les aider dans les choix à poser très jeunes pour acquérir cette indépendance. »

Julie est membre du collectif L-Slam. « Il regroupe des poétesses liégeoises et bruxelloises mais s’étend désormais à toute la francophonie. Ce collectif est féministe, interculturel et intergénérationnel », précise-t-elle. Le 11 avril dernier, L-Slam proposait une soirée slam. dans le cadre du festival Rêve Général. « On collabore depuis deux ans avec l’Université de Liège sur la thématique de l’égalité de genre qui inclut le respect et le consentement et un des axes de travail est la prise de parole afin d’aider les étudiants, doctorants et membre de l’ULg à pouvoir exprimer leurs vécus, à partager leurs expériences, leurs colères. Mettre en mots ces expériences et apprendre aux gens à se lever nécessite un accompagnement. »

C’est à Liège que Julie a depuis longtemps posé ses valises et envisage le futur avec enthousiasme. « Je suis Liégeoise de cœur. Liège est un bastion progressiste dans une Belgique qui se referme sur elle-même. J’y apprécie l’esprit frondeur, les gens y sont plus ouverts qu’ailleurs, on y est mieux accueilli et j’ai le sentiment qu’à Liège, tout est possible. C’est d’ailleurs là que j’ai monté ma première société », révèle-t-elle. « Je suis relativement optimiste, j’envisage l’avenir positivement avec des projets d’écriture qui sont déjà sur les rails, des projets autour de la poésie ainsi qu’un gros évènement sur la décolonialité à venir ainsi que le spectacle Pauvre Fille pour lequel nous sommes toujours en résidence. » Avec cet amour des mots et les combats qu’elle porte, Julie Lombé n’a pas fini de faire résonner sa voix. Et c’est tant mieux !

Thiebaut Colot

Plus d’infos sur Julie Lombé : www.julielombe.com

Les réseaux sociaux de Julie Lombé :

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Crédit photo : DR

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