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Macbeth, une plongée spectaculaire dans les ténèbres du pouvoir

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Salle comble, décors monumentaux, des dizaines d’artistes réunis sur scène lors des grands tableaux collectifs et une distribution impressionnante : l’Opéra Royal de Wallonie-Liège a lancé sa saison lyrique avec éclat ce vendredi 18 septembre. Pour cette première de Macbeth, Stefano Poda livre un spectacle total, sombre et spectaculaire, porté par l’exceptionnelle partition de Verdi et un couple Macbeth-Lady Macbeth incarné avec une intensité remarquable par Luca Micheletti et Ewa Płonka.

Quelques semaines après un concert de rentrée déjà joué à guichets fermés, l’Opéra Royal de Wallonie-Liège affichait une nouvelle fois complet ce vendredi 18 septembre. Cette fois, les choses sérieuses commençaient véritablement avec la première production lyrique de la saison 2026-2027 : Macbeth de Giuseppe Verdi.

Et quelle entrée en matière ! Dès les premières minutes, la nouvelle création de Stefano Poda impose son univers. Le metteur en scène italien, également responsable des décors, des costumes, des lumières et de la chorégraphie, avait promis une expérience artistique globale. Sur scène, cette volonté prend tout son sens.

Le décor est époustouflant. Cet immense labyrinthe vertical, imaginé et construit dans les ateliers de l’Opéra, exploite remarquablement les différents niveaux de la scène. Escaliers, ouvertures et passages deviennent autant d’espaces où apparaissent et disparaissent les personnages, tandis que les machinistes participent pleinement à cette impression de mouvement permanent. Au fil du récit, différents éléments du décor montent, descendent et transforment l’espace scénique. Des points lumineux surgissent dans l’obscurité tandis que la fumée enveloppe régulièrement le plateau, renforçant encore l’atmosphère sombre et crépusculaire de l’œuvre. Cette scénographie en perpétuelle évolution donne une profondeur saisissante au spectacle et accompagne parfaitement l’ascension de Macbeth vers le pouvoir, puis son inexorable chute.

À cette architecture monumentale répondent des costumes particulièrement soignés et une mise en scène contemporaine qui assume pleinement la noirceur de l’œuvre. Tout au long de la soirée, Stefano Poda compose un univers sombre et crépusculaire, presque irréel. Certaines images évoquent par moments l’esthétique de Matrix, d’autres celle de La Guerre des étoiles, sans jamais faire basculer le spectacle dans la simple démonstration visuelle.

Car ce Macbeth impressionne surtout par la manière dont l’image reste au service du drame. Les grandes scènes collectives prennent une dimension spectaculaire, avec largement plus de cinquante personnes réunies sur le plateau à certains moments. La multitude de corps, les déplacements et les différents niveaux du décor donnent alors au spectacle une ampleur saisissante.

La fin du deuxième acte en constitue probablement l’une des plus belles illustrations. Stefano Poda y compose une scène remarquable qui semble soudainement se dérouler au ralenti. Les mouvements se suspendent, les corps ralentissent et le temps paraît presque figé alors que la musique continue de porter le drame. Une image particulièrement forte au sein d’une production qui sait également jouer sur les rapports charnels. À plusieurs reprises, la relation entre les personnages est traversée par une tension érotique plus que palpable, ajoutant encore à l’ambiguïté et à la violence des rapports de pouvoir.

Le troisième acte permet quant à lui à la danse de prendre davantage possession du plateau. La chorégraphie, loin de constituer un simple habillage, accompagne alors la musique et met particulièrement en valeur l’extraordinaire partition de Verdi. Cette fusion des disciplines chère à Stefano Poda trouve ici l’une de ses expressions les plus abouties.

Dans la fosse, Giampaolo Bisanti joue évidemment un rôle essentiel dans la réussite de la soirée. Sous la direction de son directeur musical, l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège se montre exceptionnel. La puissance dramatique de Verdi, ses ruptures, ses tensions et ses fulgurances trouvent une traduction remarquable, capable d’accompagner l’impressionnante mécanique scénique sans jamais se laisser écraser par elle.

Sur le plateau, Luca Micheletti et Ewa Płonka sont tout aussi impressionnants. Pour leurs débuts à Liège, les deux artistes forment un couple Macbeth-Lady Macbeth d’une redoutable intensité. Le premier accompagne avec force la métamorphose d’un homme progressivement dévoré par son ambition et ses crimes. Face à lui, Ewa Płonka impose une Lady Macbeth habitée, déterminée et inquiétante, véritable moteur initial de cette course vers le pouvoir.

Car derrière le faste de cette production demeure évidemment ce qui fait toute la force de Macbeth : son propos. Près de deux siècles après sa création, l’œuvre de Verdi, inspirée de Shakespeare, conserve une étonnante actualité.

Macbeth vient à peine d’être fait sire de Cawdor que cette première conquête ne suffit déjà plus. Poussé par les prophéties des sorcières et surtout par Lady Macbeth, il lui faut davantage. Toujours davantage. Le pouvoir devient une obsession et, pour l’obtenir, le couple est prêt à toutes les exactions, toutes les trahisons et toutes les compromissions. Une fois le sommet atteint, la mécanique ne s’arrête pas : conserver le pouvoir exige à son tour de nouvelles violences.

La ligne jaune franchie, aucun retour en arrière ne semble possible. Chaque crime en appelle un autre, chaque menace doit être éliminée et chaque conquête nourrit la suivante. Le labyrinthe imaginé par Stefano Poda prend alors tout son sens : Macbeth gravit les marches du pouvoir sans jamais trouver d’issue à la spirale qu’il a lui-même enclenchée. Sa victoire contient déjà les germes de sa chute, comme celle de son épouse.

Cette première liégeoise donne ainsi pleinement corps aux mots du metteur en scène qui, avant la création, décrivait Macbeth comme « pas une histoire d’individus, mais une histoire universelle ». Sur le plateau, la formule prend une résonance particulière. Derrière le roi d’Écosse et son épouse se dessine une réflexion beaucoup plus large sur l’ambition, l’ivresse du pouvoir, les compromissions qu’il peut provoquer et le prix à payer lorsqu’il devient une fin en soi.

Avec cette nouvelle production, l’Opéra Royal de Wallonie-Liège frappe fort pour lancer sa saison lyrique. Stefano Poda signe un spectacle visuellement impressionnant sans sacrifier la profondeur de l’œuvre, Giampaolo Bisanti et son orchestre magnifient Verdi, tandis que Luca Micheletti et Ewa Płonka donnent au couple maudit toute sa puissance dramatique. Une ouverture de saison ambitieuse et magistrale, à la hauteur d’une œuvre qui, près de 180 ans après sa création, continue de tendre un miroir troublant à notre rapport au pouvoir.

Plus d’infos : Homepage – L’Opéra Royal de Wallonie – Opéra Royal de Wallonie-Liège

Thiebaut Colot

Crédits photos : J. Berger / ORW-L

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