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« Je ne voulais pas que ce soit drôle tout le temps, je voulais qu’il y ait de la nuance »

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Avec Baise-en-ville, Martin Jauvat signe une comédie drôle et touchante, récompensée par le Prix de la Province de Liège lors de la dixième édition du Festival International du Film de Comédie de Liège.

Au Festival International du Film, une multitude d’événements s’enchaînent : rencontres avec des personnalités du septième art, cérémonies, inaugurations de dalles sur le Walk of Fame, conférences dédiées aux professionnels du cinéma et, évidemment, projections de films en compétition ou hors compétition.

Plusieurs fois durant la semaine, le festival a accueilli plusieurs membres de l’équipe du film pour une discussion à bâtons rompus à l’issue de la projection, permettant ainsi aux spectateurs de mieux comprendre la réalisation de l’œuvre, les envies des réalisatrices et réalisateurs et le travail des actrices et acteurs.

Samedi 8 novembre à 14h30, l’une des salles du Palace était archi-complète pour la projection de Baise-en-ville, comédie burlesque de Martin Jauvat. Devant le public et le jury, le jeune réalisateur autodidacte, par ailleurs grand fan de Maigret au point d’en faire un petit clin d’œil dans son film, lançait l’après-midi. « Un grand merci pour l’invitation, je suis super content d’être là. C’est cool que la salle soit remplie », souriait-il.

Dans son deuxième long métrage, après Grand Paris, Martin Jauvat raconte l’histoire de Sprite, un jeune homme de 25 ans habitant à Chelles, dans le 77, qui doit absolument dégoter un job. Mais pour cela, il lui faut réussir son permis de conduire et, pour se payer les cours, il lui faut… un job. Le point de départ d’un récit qui verra Sprite travailler pour une start-up spécialisée dans le nettoyage de villas après soirée, et nouer une relation étroite avec Marie-Charlotte, sa monitrice d’auto-école qui deviendra sa coach sentimentale.

Dans cette France périphérique, avec un traitement lumineux de l’image, Martin Jauvat dévoile son univers et offre un film à la fois drôle et touchant. Il montre avec subtilité la solitude que chacun, à sa manière, peut rencontrer. La difficulté aussi d’évoluer dans une société où tout doit toujours aller plus vite, où il faut se conformer à de multiples injonctions, où la peur de mal faire ou d’échouer se révèle paralysante.

« J’ai décidé de faire ce film quand j’ai découvert le baise-en-ville mais aussi parce que j’avais déjà réalisé un premier film et que c’est mon métier », expliquait Martin Jauvat au public très attentif à l’issue de la projection, pour qui il était tout à fait logique de jouer également le rôle principal. « Réaliser et jouer en même temps nécessite quelques adaptations, mais cela fut assez fluide. Cela ajoutait une valorisation de l’équipe et me permettait de moi aussi mouiller le maillot avec les autres. Si je ne fais que réaliser, j’ai l’impression que le film se passe sans moi. »

Dans Baise-en-ville, Martin a retrouvé Sébastien Chassagne et Anaïde Rozam, qui avaient déjà tourné dans son premier film. « Je passe encore pas mal de castings et, pour ce film, j’ai senti que Martin avait écrit ce rôle avec mes mots », assurait cette dernière, qui joue une policière rencontrée via une application de dating.

Outre Géraldine Pailhas, William Lebghil et Michel Hazanavicius, parfaits dans leurs rôles respectifs, il y a Emmanuelle Bercot qui crève l’écran en monitrice d’auto-école / love coach délurée. « Je voulais être dans le film de cet olibrius dont je suis sous le charme », souriait celle qui est aussi une réalisatrice accomplie. « Il a une vision, un univers, il ne va pas dans les clichés et vient avec des propositions inattendues. » Et d’ajouter : « C’était un film où j’étais contente chaque jour d’aller tourner. »

Le point de départ de ce film est pratiquement autobiographique pour Martin Jauvat, qui a dû lui aussi passer son permis. « En tant que banlieusard, j’avais toujours une brosse à dents avec moi quand je sortais à Paris », dévoilait-il. « J’ai bossé cinq ans comme caissier au cinéma de Chelles. Puis j’ai arrêté, j’ai fait de l’intérim et un taf pourri – genre aller distribuer des flyers – mais qui m’a permis de faire pas mal de rencontres et m’a en fait bien remis en selle. »

« Dans mon premier long, j’avais fait appel à des films qui avaient bercé mon enfance. Cette fois, je trouvais que la réalité était déjà assez folle, que le quotidien recelait assez d’étrangeté », continue Martin, qui a perdu 15 kilos pour tourner Baise-en-ville et s’est notamment inspiré de la ligne claire et de Wes Anderson pour la photographie du film. « Je ne voulais pas que ce soit drôle tout le temps, je voulais qu’il y ait de la nuance. J’ai fait un film qui me plaît. »

Un film qui a plu au public présent dans la salle ce samedi, mais aussi au jury, puisque Baise-en-ville a remporté le Prix Longs métrages de la Province de Liège le lendemain, lors d’une cérémonie de clôture particulièrement réussie. De quoi donner encore plus de motivation au jeune réalisateur français, qui est en train d’écrire « une comédie avec de l’action ». « J’ai envie de prendre du plaisir, de faire des trucs qui me plaisent et qui sont sincères », concluait Martin Jauvat en dévoilant ainsi la recette du succès.

Thiebaut Colot

La bande-annonce de Baise-en-ville est disponible ici.

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Plus d’informations sur le FIFCL : 10e Festival International du Film de Comédie de Liège – FIFCL

Crédits photos : Sonia Pecharroman Sorce

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