Pour célébrer les dix ans de sa réouverture, La Boverie ouvre grand les portes de ses réserves et met en lumière celles et ceux qui font vivre, au quotidien, l’un des plus importants musées du pays. Avec « Les coulisses d’une Collection », le public découvre non seulement des œuvres majeures issues du patrimoine liégeois, mais aussi tout le travail de conservation, de recherche et de transmission qui se cache derrière les expositions. Une plongée passionnante dans les rouages d’une institution devenue incontournable du paysage culturel belge.
Cette année, La Boverie fête les dix ans de sa réouverture et, pour l’occasion, consacre une exposition d’envergure à la richesse de ses collections. « Liège a un département culture qui en vaut la peine, à tous les étages », assure Elisabeth Fraipont, Échevine de la culture, de la lecture publique et du devoir de mémoire, ravie de cette mise en lumière des acteurs de l’ombre, de « toutes celles et ceux qui portent les expositions et gèrent les réserves ».

En dix ans, La Boverie a accueilli plus de 1 300 000 visiteurs et organisé 61 expositions. Certaines ont attiré jusqu’à 150 000 visiteurs, comme 21, rue La Boétie, tandis que certaines journées ont vu jusqu’à 3000 tickets être délivrés et près de vingt événements organisés en un mois. La dernière exposition consacrée à Robert Doisneau a, elle aussi, rencontré un immense succès avec près de 100 000 visiteurs. « La Boverie possède une véritable légitimité et une authentique crédibilité », poursuit Elisabeth Fraipont, soulignant au passage les dimensions généraliste et innovante de l’emblématique musée liégeois. « La Boverie prône une vision universaliste et inclusive car la culture, j’en suis convaincue, doit être ouverte le plus possible ; elle doit s’apprendre dès le plus jeune âge et être un levier d’émancipation. »
Au fil de sa riche histoire, ce sont pas moins de 41 000 œuvres – 5500 peintures, 800 sculptures et 35 000 dessins et estampes – qui ont constitué les collections du Musée des Beaux-Arts. Plus de 2000 œuvres ont été acquises au cours des dix dernières années. « Un musée qui ne s’enrichit pas est un musée qui meurt », rappelle Pauline Bovy en citant Pierre Rosenberg. « Notre politique d’acquisition a notamment favorisé la mixité tout en épousant la volonté de faire de Liège une place incontournable du neuvième art. »

« Les coulisses d’une Collection » propose ainsi une immersion au cœur des collections et du fonctionnement du musée. « La Boverie est un lieu au service de la société, inclusif et qui doit être accessible à toutes et tous », relance Patricia Bovy.
Le parcours, qui s’ouvre avec Le vieux jardinier d’Émile Claus et La famille Soler de Pablo Picasso, réunit 300 œuvres soigneusement sélectionnées qui témoignent de la richesse et de la diversité des collections liégeoises. Les visiteurs y croisent des créations de Kees Van Dongen, James Ensor, René Magritte, Henri Matisse, Vincent Van Gogh, Eugène Boudin, Hergé, Jean Degottex, Pierre Alechinsky, Brueghel le Jeune, Marcel Caron, Paul Delvaux, Raoul Dufy, Jean-Auguste-Dominique Ingres, Paul Gauguin ou encore Edgar P. Jacob, Lambert Lombard, Auguste Rodin, Sonia Delaunay, Charlotte Baudry et Eugène Delacroix. « Il a fallu faire une sélection en sortant quelques pièces maîtresses mais aussi en quittant les sentiers battus », précise Grégory Desauvage. « Cette exposition était l’opportunité de jeter un regard sur ces dix années passées à La Boverie et de poser les jalons pour les dix années à venir. »
L’exposition invite également à découvrir les coulisses de l’institution à travers ses méthodes de travail. « Un musée, c’est un travail collectif », insiste Grégory Desauvage. Les différentes sections abordent successivement la restauration, les études physico-chimiques, la conservation des œuvres en réserves, la constitution des collections, le rôle des conservateurs, la recherche, les collaborations ou encore la médiation culturelle. « Cela structure l’exposition. »

« C’est l’occasion de montrer tout ce qu’on ne peut pas voir », ajoute Fanny Moens. « Nous avons imaginé un accrochage thématique en brassant les époques. Cela permet de traverser le temps et offre un autre éclairage sur nos collections. » Et d’ajouter : « Tout est très cohérent et conçu pour que les visiteurs puissent s’imprégner de leur patrimoine. »
Trois parcours complémentaires ont également été imaginés afin de découvrir l’exposition autrement : une route chronologique, une route consacrée aux femmes artistes et une route dédiée aux artistes liégeois. « C’est assez dense et cela peut nécessiter plusieurs visites », sourit Fanny Moens. L’exposition se termine par un impressionnant Jardin des sculptures conçu comme une promenade dans l’extension vitrée de La Boverie. Une chouette manière de boucler la très agréable visite de cette exposition particulièrement réussie, à la fois instructive, poétique et fédératrice.
Avec « Les coulisses d’une Collection », La Boverie rappelle qu’un musée ne se résume pas à ses seules salles d’exposition. Derrière chaque œuvre se cachent des équipes passionnées, un travail scientifique minutieux et une volonté constante de transmettre un patrimoine vivant au plus grand nombre. Dix ans après sa renaissance, le musée liégeois confirme plus que jamais son rôle central dans le rayonnement culturel de la Cité ardente.
Pour le week-end d’ouverture, ce samedi 30 mai aura lieu la Nuit Bleue au Musée. Cette nocturne festive inspirée de la période bleue de Picasso a été pensée comme une immersion sensible et collective avec, notamment, une performance déambulatoire mêlant danse et saxophone ainsi qu’une battle de DJ’s du Kollectif Bunker.
Thiebaut Colot
Plus d’informations : La Boverie — Liège , 10 ans de La Boverie : Les coulisses d’une Collection — Liège , La Boverie : dix ans, déjà ! — #Liégeois
Crédits photos : © La Boverie – Ville de Liège