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« Ecrire est un acte d’humilité »

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#Liégeois / Liégeois magazine vous emmène à la rencontre de Philippe Fiévet, excellent et prolifique auteur dont le roman Une colonne pour le paradis est finaliste du Prix Saga 2023.

Quand on commence un roman de Philippe Fiévet, il nous brûle de poursuivre la lecture, de se laisser emporter par le récit et par le style de ce Liégeois d’adoption. Mais il suffit à peine de quelques paragraphes pour comprendre l’attachement de cet auteur pour la langue française, le choix du mot juste et son profond respect de la littérature. « Ecrire est un acte d’humilité », m’assure-t-il lors de notre rencontre dans la galerie d’art JM Dubuc Galerie by #Liégeois, une des diversifications de la structure #Liégeois dont fait partie Liégeois Magazine, dans le cadre de l’importantissime campagne « Lisez-vous le belge ? ». « J’ai toujours voulu écrire mais j’étais – et je le suis toujours – convaincu qu’il faut avoir quelque chose à raconter, posséder un certain vécu. Je n’ai pas le goût d’enfoncer des portes ouvertes. »

Professeur de français et d’histoire désormais à la retraite, Philippe a mené de front une double carrière dans la presse en tant que journaliste, chroniqueur et éditorialiste à Paris Match, avec qui il collabore encore. « C’est là que j’ai fait mes gammes », sourit-il. « J’y ai appris à développer mon style, à donner du relief à un sujet. C’est une merveilleuse école qui m’a exonéré de l’angoisse de la page blanche. »

Ce goût pour l’écriture que cultive Philippe est intimement lié à une autre dimension qui ressort immanquablement de ses romans : une forme de recherche spirituelle. « L’écriture, c’est une rencontre avec soi-même et avec les autres », assure-t-il. « C’est une recherche personnelle vers le point le plus intime, le plus abouti de l’être. C’est en quelque sorte une quête intérieure. Comme beaucoup d’auteurs, je livre une part de moi-même dans chacun de mes livres. » Et d’ajouter, malicieux : « Nous avons tous plus ou moins cette dimension spirituelle en chacun de nous. Elle est peut-être un peu plus exacerbée chez moi. »

Pour autant, peu de personnes peuvent se targuer d’avoir passé une année complète dans le monastère serbe de Chilandar où il partagea la vie des moines avant que ceux-ci ne lui confient les clés d’un ermitage situé sur leurs terres, au bord de la mer Egée. « Il fallait du caractère pour vivre cet isolement mais c’est là que j’ai rencontré la part la plus vigoureuse de moi-même », confesse Philippe qui dévoila cette expérience inédite, ces Douze mois sur la « sainte montagne », dans les colonnes du journal Le Monde pour ce qui marqua le début de sa carrière journalistique.

Un rapport au monde qui se traduit également dans le formidable jardin d’automne qu’a conçu ce papa de trois enfants dans la campagne hesbignonne où il a élu domicile, profitant d’une vie davantage connectée aux saisons et à la nature. « Cela a pris vingt-cinq ans pour qu’il arrive à maturité. Il y a une dimension méditative et presque philosophique à créer un jardin qui n’existait pas, sur un terrain devenu un marécage, et où j’aspire à reposer quand je serai mort », assure Philippe qui y a planté des dizaines d’essences pour obtenir ces teintes rouges et orangées qu’il affectionne tant. Une odyssée singulière prolongée sur papier à travers le récit Le temps des arbres publié aux Editions du Rouergue.

« L’homme prévoit et Dieu rit. » (Proverbe Yiddish)

Adepte de perpétuels voyages intérieurs, Philippe l’est tout autant de périples à l’autre bout du globe, vers des territoires encore sauvages. « Le voyage est un retour vers l’essentiel », professe un proverbe tibétain que pourrait s’approprier ce Carolo d’origine qui apprécie la méridionalité et la francophilie de notre Cité ardente. « Ces périples offrent un dépaysement, des aventures, des rencontres et une distanciation avec notre monde matérialiste », explique celui qui a notamment sillonné l’Inde et l’Asie du Sud-Est. « Les populations qui peuplent ces régions conçoivent l’existence différemment de nous. » Une passion pour le voyage qui se retrouve également dans ses livres Une colonne pour le paradis et Ruby, une romance birmane, tous les deux parus chez M.E.O éditions.

C’est en pleine période Covid que cet infatigable lève-tôt a écrit Une colonne pour le paradis. « J’ai une certaine propension à vivre en solitaire, cela convient bien à ma nature. Cette période était propice à la réflexion », témoigne Philippe. « C’est un roman historique, hystérique, politique et religieux qui narre la quête d’absolu et l’intolérance religieuse ainsi que les différents chemins de vie que peut emprunter un individu, une histoire dont on a perdu la trace. » Une fresque byzantine, Antioche au cinquième siècle, un stylite et une totale réussite : ce roman philosophico-historique étant finaliste du Prix Saga 2023.

L’inspiration ne manque pas à Philippe, levé dès potron-minet et qui, enveloppé d’une couverture et après deux tasses de café, se met à l’ouvrage. « On a les idées claires le matin », soutient celui qui n’a pas traîné à sortir un second roman où le Myanmar occupe un rôle central. « Une plongée dans l’actu la plus récente, un roman sur la beauté spirituelle, sur les liens qui peuvent unir des personnes sensiblement différentes, sur une amitié qui se renforce et sur l’histoire de la Birmanie. »

Comme beaucoup d’auteurs, Philippe s’attache à ses personnages. « Il y a un sentiment d’abandon à la fin d’un livre, on peut se sentir un peu désemparé, orphelin », révèle-t-il. « D’où jaillit le réflexe d’écrire un autre bouquin. » Le prochain de roman de ce fiévreux passionné devrait sortir au printemps prochain, toujours chez M.E.O. éditions, s’intitulera Brûlure indienne et narrera l’histoire d’une collection et des Sioux Lakotas, venus à Bruxelles en 1935 pour l’exposition universelle. Une nouvelle aventure romanesque qui achèvera de placer définitivement Philippe Fiévet parmi les écrivains qui comptent en Belgique.

Thiebaut Colot

Pour suivre Philippe Fiévet : Philippe FIÉVET – Auteur (philippe-fievet.be) , Facebook

Crédits photos : DR / Charlotte Daerden

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